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Le blog de hugo,

Le sexisme banalisé et minimalisé en Suisse,femmes,sexisme,

31 Octobre 2016, 12:10pm

Publié par hugo

Le sexisme banalisé et minimalisé en Suisse

"Pour lutter efficacement, l’articulation de trois dimensions est nécessaire. D’abord une dimension personnelle avec des voix qui se lèvent, des témoignages sur le sexisme ordinaire dans la vie quotidienne: cela permet des prises de conscience auprès de certaines femmes, qui se disent que ce qu’elles vivent est inadmissible, et de certains hommes, qui réfléchissent à leurs comportements. " Caroline Dayer
©Thinkstock

Experte des questions de discriminations et de violences, de genre et d’égalité, Caroline Dayer analyse les réactions provoquées par les propos de Donald Trump, aux Etats-Unis mais aussi en Suisse. L’enseignante et chercheuse à l’Université de Genève décrypte les mécanismes à l’œuvre dans le sexisme et évoque les conditions à réunir pour le combattre.

dans

Le Temps: Par ses propos envers les femmes, Donald Trump a provoqué une riposte qui s’étend au-delà des frontières américaines. Sur les réseaux sociaux, réunies par des mots-clés comme #NotOk ou #SchweizerAufschrei, de nombreuses femmes ont témoigné du sexisme ordinaire auquel elles font face, d’actes de harcèlement et d’agressions sexuelles qu’elles ont subis. Quels ingrédients ont permis cette libération de la parole sur un sujet qui reste largement tu et tabou?

Caroline Dayer, chercheure associée de l'Institut des Etudes genre à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation de Genève (Suisse).
©captured'écran/Le Temps

Caroline Dayer: Je ne parlerais pas de libération, mais plutôt de re-libération de la parole. De telles réactions envers des propos extrêmement sexistes et leur visibilité sont des phénomènes cycliques. Cette fois, l’écho donné aux prises de parole sur les réseaux sociaux a permis de créer un effet de solidarité marqué: cela montre plus que jamais que le sexisme n’a pas de frontière. Autre élément: suite aux propos de Donald Trump, différentes voix se sont levées simultanément, ce qui leur a donné plus de force.

Vous pensez au discours de la First Lady américaine, Michelle Obama…

Oui. Les protestations sont venues de citoyennes et de citoyens indignés, mais l’une des voix n’était pas tout à fait comme les autres, celle de Michelle Obama. Elle a tenu un discours fort, elle a relayé au plus haut niveau la réaction de femmes que l’on n’entend pas d’ordinaire. Cette conjonction de prises de parole, celles des citoyennes et de Michelle Obama, a augmenté la puissance de la riposte. Mais pour que celui-ci porte à ce point, il a fallu un troisième ingrédient: la présence d’associations qui luttent contre le sexisme et les discriminations depuis longtemps. Le travail de fond qu’elles font de manière souterraine est tout à coup devenu visible. On observe la même chose lorsque des mouvements sociaux apparaissent, par exemple des mouvements contre le racisme. Lorsqu’ils deviennent visibles, c’est qu’un terreau le permet, qu’un profond travail a été effectué en amont.

 Vous l’avez rappelé, il y a eu d’autres moments collectifs d’indignation, par exemple lors des affaires DSK ou Denis Baupin en France. Mais en général, le soufflé retombe rapidement et les réactions ne sont guère suivies d’effets. Pourquoi?

C’est toute la question de la réponse à donner au sexisme. Pour lutter efficacement, l’articulation de trois dimensions est nécessaire. D’abord une dimension personnelle avec des voix qui se lèvent, des témoignages sur le sexisme ordinaire dans la vie quotidienne: cela permet des prises de conscience auprès de certaines femmes, qui se disent que ce qu’elles vivent est inadmissible, et de certains hommes, qui réfléchissent à leurs comportements. Une dimension collective est ensuite indispensable pour montrer à celles qui subissent des propos ou des actes sexistes qu’elles ne sont pas seules: cela passe par le travail d’associations, de collectifs politiques ou professionnels, de plate-forme comme celle qui vient d’être créée à Paris par des collaboratrices de l’Assemblée nationale pour rassembler des témoignages (https://chaircollaboratrice.com, ndlr); si l’on reste seule, on s’essouffle. Troisième élément, la riposte nécessite une dimension politique et institutionnelle, avec des relais solides et clairement positionnés dans les sphères dirigeantes. En 2016, la Suisse dispose de plusieurs outils légaux intéressants, par exemple pour lutter contre le harcèlement sexuel ou les inégalités salariales, mais ils peinent à être appliqués; la question qui se pose est donc celle de la mise en œuvre, notamment à ce troisième niveau politique et institutionnel, où les relais sont peu présents.

En Suisse, il est relativement facile d’aborder les thèmes des inégalités salariales, du plafond de verre ou de la conciliation dans le monde du travail. Pourquoi est-il si compliqué de faire monter dans l’agenda politique d’autres sujets comme le sexisme? Récemment, la conseillère nationale Kathrin Bertschy (Vert’libérale/BE) a même évoqué des politiciennes à qui l’on avait déconseillé de s’occuper de questions féministes si elles voulaient faire carrière…

De nombreuses politiciennes essaient de faire avancer l’égalité des droits dans les parlements et les gouvernements, mais ce n’est pas évident: elles sont minorisées. Les législatifs et les exécutifs restent des bastions masculins avec des codes masculins. Dans le monde politique comme dans le monde du travail sévit une sorte de police du genre qui sanctionne celles qui ne répondent pas aux obligations et aux normes: elles sont remises à l’ordre quand elles ne parlent pas ou ne s’habillent pas comme elles seraient censées le faire. Il existe aussi un véritable stigmate féministe, une forme de discrédit porté sur les personnes qui défendent l’égalité et sa mise en œuvre: cela passe par le rire, l’incompréhension, le mépris, voire le rejet.

Certains pensent aussi que l’égalité est acquise…

En effet, c’est l’un des discours que l’on entend. Mais l’égalité n’est pas acquise: sur le droit à disposer de son corps ou sur l’accession à des postes de pouvoir notamment. Dans cette dernière situation, les femmes se heurtent d’abord à un plafond de fer, opaque et dur quand elles veulent progresser dans leur carrière; ensuite, une ségrégation horizontale opère avec les parois de verre qui font que les femmes restent majoritairement regroupées dans certains secteurs, par exemple, dans la sphère politique, l’éducation, la santé ou les affaires familiales. Il y a un troisième effet, celui du plancher collant: avant de se cogner au plafond, encore faut-il pouvoir décoller! Et là, chaque personne ne dispose pas des mêmes ressources économiques, matérielles, sociales, culturelles et symboliques pour pouvoir grimper. Les femmes ne «s’évaporent» pas, comme on l’entend parfois: des mécanismes de discrimination sont à l’œuvre. C’est vrai, là encore, aussi bien dans le monde politique que professionnel.

On entend moins parler de sexisme en Suisse qu’en France, par exemple. La Suisse est-elle particulièrement épargnée?

Hélas, le sexisme ne s’arrête pas aux portes du pays. Ce sont les types de réponse et leur (in) visibilisation qui sont intéressantes à décrypter. C’est le rapport au politique, à la médiatisation et aux formes de mobilisation qui varient. La France s’inscrit par exemple dans une culture de la protestation de rue, d’actions coup de poing et de manifestations: l’indignation est plus visible et l’écho donné aux réactions plus fort.

On entend encore moins parler de comportements machistes dans les pays nordiques. Sont-ils particulièrement avancés dans la lutte contre les discriminations ou est-ce un cliché?

Une des lignes de démarcation se situe dans le fonctionnement du système politique et la manière dont il prévient le sexisme et les discriminations. Dans les pays nordiques, la prévention et le traitement des inégalités commencent avant la naissance des enfants! Les politiques publiques créent un contexte plus équitable, que ce soit avec le congé parental, dans l’éducation, le monde professionnel ou les infrastructures qui entourent les familles. Et les hommes sont parties prenantes des politiques qui favorisent l’égalité. On se situe là dans le structurel, dans la mise en place d’outils qui accompagnent les discours. Le deuxième aspect touche à la punition: comment traite-t-on les violences sexistes lorsqu’elles se produisent? Là aussi, c’est très différent selon les Etats: souvent, l’impunité règne encore.

Qu’en est-il en Suisse?

Le hashtag #SchweizerAufschrei a été lancé dans la lignée de celui qui a émergé en Allemagne en 2013 et dans une vague de protestation reliée aux propos d’une politicienne UDC qui font porter une partie de la responsabilité du viol à la victime. C’est cela qui a cristallisé les choses. La réaction a alors pris la forme d’une dénonciation collective révélatrice de l’indignation face à ce tabou et à l’impunité. Trop souvent en Suisse, les actes et les propos sexistes sont banalisés et minimisés. Le mauvais camp, celui des femmes, est culpabilité et accusé. Là, des conseillères nationales ont osé mettre à jour des expériences ordinaires de sexisme: une main posée sur le genou, des propos dégradants, des avances déplacées. En Suisse, les élues n’échappent pas au spectre du sexisme qui plane au Parlement comme dans la rue, l’école ou le monde du travail. C’est comme un fantôme, qui attend pour s’abattre sur les femmes quand elles ne s’y attendent pas.

Propos graveleux, allusions ou blagues lourdes, agression sexuelle ou harcèlement: où commence et où s’arrête le sexisme?

Je vais utiliser une image. Le premier niveau du sexisme se cache sous les pavés: il s’agit du sexisme en tant que système idéologique qui crée et hiérarchise les catégories femmes et hommes. Le racisme, par exemple, se base sur ce même mécanisme. Le second niveau se déploie sur les pavés: ce sont les différentes formes à travers lesquelles ce système se manifeste. Les injures sont l’une des manifestations les plus récurrentes. Bien qu’elles servent à dévaloriser et blesser une personne ou un groupe, elles sont souvent banalisées. Or une injure n’est pas une blague car elle instaure un rapport d’asymétrie et ne fait pas rire l’ensemble des personnes qui assistent à la scène. Les injures ne sont que la pointe de l’iceberg et les facettes des violences ne sont pas seulement verbales, mais aussi psychologiques, physiques et sexuelles. Quand on évoque des remarques sexistes, des viols ou des inégalités salariales, on a l’impression qu’il s’agit d’éléments isolés. Ce n’est pas le cas: ils sont reliés entre eux, ce sont différentes pièces d’un même puzzle. Et il faut comprendre l’ensemble du système pour pouvoir le déjouer.

Diriez-vous qu’une «culture du viol» existe en Suisse?

Ce sera le cas tant qu’existeront un déni, une banalisation ou une minimisation des agressions sexuelles, ainsi que des postures blâmant les victimes et excusant les agresseurs. L’ensemble des mouvements féministes dénonce d’ailleurs toute forme de violence sexiste et sexuelle

A propos des associations féministes justement: il est difficile d’avoir une vision d’ensemble en Suisse. Les pionnières ne semblent guère avoir été remplacées, contrairement à la France, où une nouvelle génération a émergé avec des personnalités comme Virginie Despentes, Clémentine Autain ou Caroline Fourest. Le mouvement féministe suisse est-il moribond?

Il est vrai qu’en Suisse, les figures féminines intellectuelles, artistiques, littéraires ou politiques ont toujours eu moins de visibilité; en France, quand l’ancienne ministre Christiane Taubira porte un discours solide et argumenté, cela aide à concentrer les énergies. Un ensemble de conditions demande à être rempli pour que les petites rivières se transforment en fleuve, comme cela avait été le cas à l’époque de la grève du 14 juin, par exemple. Mais ce n’est pas pour autant qu’il ne se passe rien ici: les mouvements associatifs sont divers et vivaces, des collectifs se créent, des blogueuses sont très actives. Une constellation d’entités féministes existe bel et bien en Suisse.


Article publié conformément à l'accord de partenariat avec Le Temps.

 

http://information.tv5monde.com/terriennes/le-sexisme-banalise-et-minimalise-en-suisse

Egalité des salaires : rendez-vous en l'an 2186,femmes,egalite,salaire,economie,

31 Octobre 2016, 12:08pm

Publié par hugo

Egalité des salaires : rendez-vous en l'an 2186

©thinkstock

Une femme qui gagne autant qu'un homme, tous domaines confondus? En gros ce n'est pas pour demain, ni même après-demain. Selon le rapport du Forum économique mondial sur la parité femmes-hommes, il faudra attendre encore 170 ans pour que ce "rêve" (ou fin d'une injustice) devienne réalité.

dans
Si rien ne change, il faudra attendre 2186 pour atteindre la parité économique entre les hommes et les femmes au travail, a indiqué à l'AFP Saadia Zahidi, l'un des auteurs du rapport annuel du Forum économique mondial (WEF) sur la parité homme/femme, publié mercredi 26 octobre 2016.


On constate même un "fort ralentissement", pour reprendre les conclusions du rapporteur. L'année dernière, le WEF avançait un horizon moins lointain pour cet objectif, soit "seulement" 118 ans.

Selon le WEF, le fossé entre les sexes a atteint en 2016 59% dans le domaine économique, l'un des quatre indicateurs du Forum économique, avec l'éducation, la santé et l'émancipation politique, pour réaliser cette étude annuelle qui porte sur 144 pays.
 
si un homme gagne 100 dans le monde, la femme ne touche que 59, malgré "de plus longues heures de travail" 
En 2008, ce fossé était de 58,3%, et en 2013, la meilleure année pour cet indice calculé par le WEF depuis 2006, il était de 59,9%.

L'Islande en tête

Dans le classement des pays les plus performants en matière d'égalité homme/femme, l'Islande arrive en tête, devant la Finlande, la Norvège et la Suède.
Le Rwanda arrive devant l'Irlande à la 5e place. Les Philippines suivent devant la Slovénie, la Nouvelle-Zélande et le Nicaragua.

C'est la 8ème année de suite que l'Islande occupe la première place. Les salaires des femmes y représentent 87% de ceux des hommes.( Lire notre article "En Islande, les femmes gratis dès 14h38").

La France 17ème

En France, le décalage entre hommes et femmes est comblé à 75%. La France occupe le 17ème rang du classement du WEF.
©capture d'écran/siteWEF
Par région géographique, l'Europe occidentale se positionne  devant l'Amérique du Nord, l'Amérique latine et les Caraïbes, l'Europe orientale et l'Asie centrale. Suivent l'est de l'Asie et le Pacifique, l'Afrique subsaharienne, le sud de l'Asie et le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Dans le monde, le taux d'activité stagne à 54% chez les femmes contre plus de 80% pour les hommes et le nombre de femmes qui occupent des postes à haute responsabilité reste bas.

La parité entre parlementaires, hauts cadres et directeurs n'est observée que dans quatre pays. Alors même que le taux de femmes diplômées d'une université est égal ou supérieur à celui des hommes dans près de 100 pays.

Les avancées sont les plus importantes dans le secteur de l'éducation, où l'écart entre les hommes et les femmes s'est réduit de 1% en 2016. Le décalage s'est en revanche très légèrement dégradé dans la santé, avec un taux de 96%.


 

 

Femme et imam, c'est possible (au Danemark),femmes,religion,

31 Octobre 2016, 12:04pm

Publié par hugo

Femme et imam, c'est possible (au Danemark)
Femme et imam, c'est possible (au Danemark)Sherin Khankan, à Copenhague, en 2016 (Linda Kastrup / Scanpix Denmark / AFP)
Décidée à secouer l’islam, la Danoise Sherin Khankan est l’une des rares musulmanes à diriger une mosquée. "Rien ne l’interdit dans le Coran", assure la quadragénaire qui dérange islamophobes et radicaux.

Nathalie FunesNathalie FunesPublié le 30 octobre 2016 à 08h49
Derrière son comptoir, le vendeur de cheeseburgers affiche une moue dubitative. Ça l’étonnerait "vraiment", insiste-t-il, qu’il y ait une mosquée pour femmes au-dessus de sa tête. C’est pourtant là, dans un immeuble jaune planté sur la rue piétonne de Købmagergade, la principale artère commerçante de Copenhague, qu’a élu domicile Mariam, la seule mosquée dirigée par des femmes au Danemark. Au rez-de-chaussée : l’enseigne jaune et verte de la chaîne de fast-food "Sunset Boulevard". Au premier étage, aucun signe distinctif, juste une feuille de papier blanche punaisée sur la porte d’entrée de l’appartement : "Veuillez enlever vos chaussures."

Sherin Khankan vous reçoit donc en chaussettes. Fine, élancée, cheveux longs, peau translucide, yeux bleus maquillés, robe à fleurs liberty, 42 ans, l’air d’en avoir dix de moins. Elle est la fille cadette d’une infirmière finlandaise et d’un réfugié politique syrien opposé au régime de Hafez al-Assad, arrivé au Danemark il y a près d’un demi-siècle. Une mère chrétienne, un père musulman. Dans la famille Khankan, on fêtait Noël et l’Aïd el-Kébir. Sherin est devenue pratiquante à l’âge adulte. Elle est aujourd’hui la responsable, proche du soufisme, et l’une des quatre imams, toutes des femmes, de la mosquée Mariam.

"Mon père était entouré de femmes, ma mère, ma sœur, moi. Chez nous, il préparait les repas, il m’a toujours dit que je pouvais faire ce que je voulais. Ça l’a un peu surpris que je devienne imam, car je n’ai pas été élevée dans un cadre très religieux, mais il n’a pas critiqué ma démarche. Il l’a appris par la presse. Le 3 mars dernier, j’ai fait la une du quotidien 'Information', avec ma photo en pleine page et ce titre : 'Est-elle la première femme imam ?' Depuis ce jour, ça n’arrête pas."

Des coups de fil quotidiens pour des demandes d’interview ou de discours venus du monde entier, deux cents messages en attente dans sa boîte mail, un emploi du temps bourré à craquer. Comme en ce début d’automne où elle enchaîne un pince-fesses organisé par la fondation Suzanne-Giese pour la remise du prix de la féministe de l’année, auquel elle avait été nominée, une visite de la mosquée Mariam par une classe de lycéens de Copenhague, un aller-retour à Paris pour un rendez-vous chez Stock, qui doit publier ses Mémoires l’an prochain, et une conférence pour une quinzaine de membres de 3F, l’un des plus gros syndicats du Danemark, sagement assis en tailleur sur la moquette beige de la salle de prière.

"Rien n’interdit l’imamat aux femmes"

Sherin Khankan, debout, toujours en chaussettes, raconte son parcours et ses tentatives pour secouer l’islam. Un master en sociologie de la religion décroché à l’université de Copenhague, la création en août 2001 du Forum des Musulmans critiques qui milite pour une relecture du Coran et l’égalité des sexes, et, enfin, l’ouverture en février de la mosquée Mariam.

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"C’est un projet que je porte depuis quinze ans. J’ai toujours voulu combattre les structures patriarcales de l’islam et promouvoir des imams femmes. Ici, la polygamie est interdite, le divorce facilité, et la nullité du mariage automatique en cas de violence conjugale."

Les autres imams de Mariam sont plutôt discrètes. Deux refusent de voir leur nom cité, la troisième, Saliha Marie Fetteh, professeur d’arabe à l’université de Copenhague, évoque peu son rôle publiquement. C’est Sherin Khankan qui a pris en charge le volet médiatique.

Deux heures durant, face à la brochette de syndicalistes, avec son allure de madone, sa voix douce et son mobile qui ne cesse de vibrer, elle multiplie les attaques contre le machisme de ses pairs : « Vous imaginez qu’on dise à des fidèles africains : 'Vous devez rester sur le balcon, à l’abri des regards, vous n’avez pas le droit de conduire la prière, mais vous avez le paradis sous vos pieds' ? Cela ferait un tollé. Et pourtant, c’est ce qu’on demande aux musulmanes. Alors que rien, ni dans le Coran ni dans les hadiths, n’interdit l’imamat aux femmes." Les membres de 3F applaudissent de bon cœur.

C’est moins le cas parmi les autorités musulmanes. Même si Sherin Khankan assure qu’elle a reçu peu de messages négatifs, plusieurs imams – mâles – du pays sont montés au créneau. "La base théologique du concept est fausse, a déclaré Waseem Hussain, du Centre islamique danois, au quotidien 'Politiken'. Faut-il aussi un lieu de culte réservé aux hommes ? Cela ferait sûrement des histoires au sein de la population danoise." A la mosquée Al-Sunna, nichée dans un appartement de la rue Vesterbrogade, en centre-ville, l’imam, en djellaba noire, se montre tout aussi réticent. "Les femmes peuvent venir ici quand elles veulent, dit-il en écartant le rideau gris foncé qui cache leur espace. Elles n’ont pas besoin d’avoir un endroit à elles." Yasmin, la trentaine, pantalon noir, baskets, n’est pas d’accord. Elle a participé à une prière entre femmes à Mariam, dont elle est devenue une habituée, et dit qu’elle se sent "plus à l’aise, plus écoutée, davantage considérée".

Une double culture revendiquée

Mariam – où ont déjà été célébrés cinq mariages, et qui accueille une soixantaine de femmes pour la prière un vendredi par mois – n’est pas la première mosquée féminine au monde. La plus ancienne est née en Chine au début du XIXe siècle. L’Afrique du Sud en a ouvert une en 1995, le Canada en 2005. Los Angeles accueille une Women’s Mosque of America depuis l’an dernier. Bradford, en Grance-Bretagne, doit inaugurer une version britannique en 2018.

"Aucun verset dans le Coran n’interdit à une femme d’être imam et de diriger la prière, indique Joshua Abdallah Sabih, professeur associé en études islamiques et juives à l’université de Copenhague. Mais la question est régulièrement discutée dans la jurisprudence et divise la communauté. La plupart des oulémas estiment que c’est prohibé. Une minorité, notamment à l’université Al-Azhar du Caire, autorise un imamat féminin uniquement pour un public de femmes et sans appel à la prière. Sherin Khankan incarne à la fois la liberté – elle est diplômée, féministe, trilingue danois-anglais-arabe, mais elle représente aussi la tradition : elle se réfère systématiquement aux textes sacrés. C’est en naviguant entre les deux qu’elle essaie de faire bouger les lignes."

Les murs de la mosquée Mariam illustrent cette double culture revendiquée. Comme ce verset peint à la main ("Je vous ai créés différents, vous devez donc vous entendre") ou ces traductions en danois du livre du politologue français Olivier Roy, "l’Islam mondialisé", qui côtoient les exemplaires reliés du Coran. "En attendant les lustres turcs, les mosaïques et les tapis orientaux", promet Sherin Khankan.

Au Danemark, la communauté musulmane, estimée à 270.000 personnes, pour l’essentiel originaires de Turquie, d’Irak, du Liban, de Syrie et du Pakistan, reste marquée par l’affaire des caricatures de Mahomet, parues dans le quotidien "Jyllands-Posten" en 2005. Elle avait provoqué manifestations et boycotts partout dans le monde, et entraîné la montée du Parti populaire danois, d’extrême droite et anti-immigrés, devenu la deuxième formation politique du pays. Islamophobie, radicalisation… Sherin Khankan est d’une prudence de Sioux sur ces sujets sensibles.

"Si une femme est obligée de porter le voile par son mari, son frère ou son père, je me battrai pour qu’elle puisse le retirer, dit-elle. Mais si c’est son choix, il faut le respecter. Demander à une musulmane d’enlever son foulard est une violation de son identité."

En 2002, elle avait démissionné du Parti social-libéral danois après avoir refusé de signer une résolution qui condamnait la charia, "pour ne pas stigmatiser davantage la communauté musulmane". Pour le reste, l’imam mène une vie de danoise type. Elle se baigne tous les jours dans l’eau glacée du détroit d’Oresund, été comme hiver. Elle habite un village de pêcheurs à une demi-heure en voiture de Copenhague avec son mari, médecin d’origine pakistanaise, et ses quatre enfants, âgés de 5 à 12 ans, et elle travaille comme responsable d’une association d’aide aux femmes victimes de violences psychologiques, Exitcirklen (l’imamat est bénévole). "Sherin Khankan incarne cette nouvelle élite de l’islam occidentalisé, conclu Saer el-Jaichi, professeur d'études islamiques à la faculté des humanités de Copenhague. Aux Etats-Unis, en Europe, on voit de plus en plus de femmes qui, comme elles, sont à la fois parfaitement intégrées et très pratiquantes. Elles dérangent, à la fois les islamophobes et les radicaux, car elles ont une approche nouvelle de l’identité musulmane." Sherin Khankan sort dans la rue avec ses cheveux longs, lâchés sur les épaules. Elle ne porte pas le voile. Elle en met juste un pour prier.

Nathalie Funès

LA FEMME DANS LES AUTRES RELIGIONS 

"Dans les trois grandes religions monothéistes, le système patriarcal domine, et la femme est jugée trop impure pour s’occuper du sacré, à part dans le protestantisme." Voilà le bilan dressé par Christine Pedotti, directrice déléguée de "Témoignage chrétien" et coprésidente du Comité de la Jupe pour l’égalité des sexes dans les cultes. Il y a eu effectivement des pasteurs protestantes dès les années 1870 en Allemagne et à partir de 1929 en France. Mais, chez les catholiques, les prêtres sont mâles à 100%. Des femmes diacres ont pourtant existé aux origines de l’Eglise. La pratique s’est arrêtée aux IIIe et IVe siècles, quand le christianisme a commencé à s’imposer dans la Gaule.

Côté judaïsme, les premières femmes ont été ordonnées rabbins dans les années 1930. Il y en a plus d’un millier aux Etats-Unis, où les courants libéraux sont majoritaires, beaucoup moins en Europe et seulement trois en France. "Les pays protestants, qui ont l’expérience de la Réforme, sont plus ouverts aux mouvements libéraux et à la féminisation du rabbinat, indique Delphine Horvilleur, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF) au centre de Beaugrenelle à Paris, qui a débattu en mai à Copenhague avec Sherin Khankan, à l’invitation de l’Institut français du Danemark. C’est d’ailleurs assez significatif que l’initiative de la mosquée Mariam soit née dans un pays protestant, où l’égalité des sexes n’est pas un vain mot." N. F.

Nathalie Funes
Nathalie Funes
Journaliste
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DERNIÈRES VIDÉOS

En Afrique du Sud, la mosquée "arc-en-ciel" de l'imam gay Muhsin

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20161028.OBS0469/femme-et-imam-c-est-possible-au-danemark.html?xtref=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2F#https://www.facebook.com/

Quand des voix de femmes portent des projets en Afrique,femmes,

31 Octobre 2016, 11:59am

Publié par hugo

Quand des voix de femmes portent des projets en Afrique
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Patricia Djomseu et Axelle Fannyo étaient les invitées de TV5MONDE le 30 septembre 2016.
Interview de Dominique Laresche
L'opéra et le chant lyrique sont-ils encore "une affaire de blancs" ? Pas pour la soprano Axelle Fannyo, ni pour l’Organisation de solidarité Women of Africa, qui s'appuie sur les plus belles voix d'Afrique pour monter ses projets. 
29 OCT 2016
 Mise à jour 29.10.2016 à 18:01 par    
TV5MONDE
dansAccueilTerriennesFemmes, artistes, défricheuses
En septembre dernier, Women Of Africa (lien en anglais) organisait au théâtre des Champs-Elysées une soirée lyrique inédite. Au programme : les grands classiques lyriques revisités par les plus belles voix africaines - des airs d'opéra italiens, allemands et français aux chants traditionnels du continent noir, en passant par les plus belles mélodies du répertoire classique.

Objectif : faire connaître l'opéra africain et soutenir les projets de l’association Women Of Africa dans 8 pays d'Afrique. Un continent qui s'ouvre peu à peu à l'art lyrique, et pas seulement en Afrique du Sud, d'où vient Pumeza Matshikiza, l'une des révélations de ces dernières années sur la scène lyrique internationale. 


L'opéra, la musique et l'art lyrique sont encore "une affaire de blancs" souligne la soprano franco-béninoise Axelle Fannyo sur le plateau de TV5MONDE. Et pourtant, "En Afrique, il y a de très belles voix et des artistes sublimes," assure Patricia Djomseu, la présidente de l’Organisation de solidarité internationale Women Of Africa  (lien en anglais).

L'opéra est encore une "affaire de blancs".

Axelle Fannyo
​Entre autres projets visant à lutter contre la pauvreté et la violence envers les femmes, pour le respect de leurs droits et pour qu'elles puissent se réaliser, l'association s'engage au profit des jeunes artistes lyriques et pour la construction d’un conservatoire de musique en Afrique.

voixchantlyriqueopéraWomen Of Africa
TV5MONDE
Mise à jour 29.10.2016 à 18:01
SUR LE MÊME THÈME

http://information.tv5monde.com/terriennes/quand-la-voix-des-femmes-porte-des-projets-en-afrique-135026

Vidéo : découvrez le nouvel hymne féministe “Straight Outta Vagina” des Pussy Riot,femmes,feministe,

28 Octobre 2016, 21:44pm

Publié par hugo

Vidéo : découvrez le nouvel hymne féministe “Straight Outta Vagina” des Pussy Riot

le 26 octobre 2016 à 11:31

Réalisé par Dave Sitek de TV on The Radio, le clip Straight Outta Vagina met en scène le collectif punk russe Pussy Riot dans une chorégraphie musclée par les interventions de la rappeuse californienne Desi Mo et new-yorkaise Leikeli47. Dénonçant une épouse objet (prisonnière de son collier code-barre) et défendant une femme moderne et puissante (qui sait même pisser debout dans les toilettes des hommes), le collectif punk et son emblématique cagoule à la couleur criarde nous dévoilent ici un morceau aussi entraînant qu’engagé. Sur le refrain, la figure charismatique Nadya Tolokonnikova déguisée en prêtresse, entonne avec fougue : “Ne sois pas stupide, ne joue pas à l’idiot, on vient tous du vagin” (“Don’t play stupid/Don’t play dumb/Vagina’s where you’re really from.”)

Un peu plus tôt cette année, les Pussy Riot dévoilaient la vidéo Chaika s’en prenant au procureur russe général, clip également produit par Dave Sitek.

http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/decouvrez-nouvel-hymne-feministe-straight-outta-vagina-pussy-riot/

En avion, le douloureux tabou des viols de nuit,femmes,sexes,viols,

28 Octobre 2016, 21:39pm

Publié par hugo

En avion, le douloureux tabou des viols de nuit

Illustration: Lisa Larson-Walker.

Les compagnies aériennes ne savent pas gérer les affaires de violences sexuelles survenues à bord de leurs appareils.

Dana T. n'avait jamais été aussi survoltée de toute son existence. En avril, elle avait obtenu le «boulot de ses rêves», selon ses propres termes –responsable des ventes dans une agence de voyage internationale. Comme tous les autres employés, elle allait devoir suivre une formation au siège de l'entreprise, à Cologne, en Allemagne. Le 7 mai, de l'aéroport de Newark, dans le New Jersey, elle embarque donc dans le premier vol transatlantique de sa vie. «J'avais l'impression d'être la personne la plus chanceuse au monde», me dit-elle.

En prenant place dans le vol 960 d'United Airlines, à destination de Francfort, elle remarque tout de suite l'homme assis à côté d'elle, sur le siège du milieu. «Il gigotait ses jambes, précise-t-elle. Je me suis dit qu'il devait être nerveux». Elle espère que l'agitation de son voisin ne va pas l'empêcher de dormir. Elle détesterait souffrir de décalage horaire –un phénomène inédit pour Dana, mais elle en avait entendu parler, et ça n'avait pas l'air rigolo. Elle avale deux verres de vin rouge avec son dîner, avant de choisir le film le plus long disponible sur sa tablette –The Revenant. Pourvu que ça suffise à la pousser dans les bras de Morphée.

Ce dont Dana se souvient ensuite, c'est d'ouvrir un œil, dans le coaltar, et de voir son voisin lui désigner son entrejambe en lui disant: «Viens t'allonger sur mes genoux», qu'il avait recouverts d'une couverture.

«J'étais à moitié endormie et je ne voulais vraiment pas qu'on me dérange. Je lui ai juste lancé un regard noir et je lui ai baragouiné “euh, non”, m'explique Dana par e-mail. (Je ne révèle pas son nom complet pour protéger sa vie privée). J'ai juste pensé que c'était un mec chelou.» 

Plus tard, l'homme la réveille une nouvelle fois. Elle le fusille encore du regard, ce qui suffit visiblement à le calmer. À ce moment là, se rappelle Dana, l'avion est quelque part au-dessus de l'Océan Atlantique. Les lumières de la cabine sont éteintes et tout le monde autour d'elle semble roupiller. Elle ne sait pas trop quelle heure il pouvait être, mais elle est épuisée et se rendort rapidement.

«Je crois que cet homme me touche»

 

La fois suivante, c'est une douleur vive qui réveille Dana. Son voisin avait attrapé son sein gauche et pinçait son téton à travers son T-shirt. Quand elle sursaute et se raidit, le gars marmonne «Oh pardon, pardon». En un quart de seconde, Dana quitte son siège et se précipite dans le couloir central, vers l'avant de l'appareil.

«Je crois que cet homme me touche», dit Dana au premier groupe de personnel navigant qu'elle trouve sur son passage –deux hommes, dont l'un arbore un badge de la Lufthansa, partenaire commercial d'United Airlines, et une femme. L'hôtesse lui répond «Vous croyez qu'il vous touche?» . «Non, non», corrige Dana, «il m'a vraiment touchée». Dans sa tête, elle pense «Mais c'est quoi cette question?».

Ils m'ont couverte de cadeaux. J'avais l'impression qu'ils me faisaient “ah oui mais quel connard, je vous ressers du vin?”

Selon Dana, l'hôtesse lui demande de retourner s'asseoir, mais elle refuse. Dana conseille aussi qu'on change de place la jeune femme qui se trouvait de l'autre côté de l'homme –elle semblait avoir à peine 20 ans.

Le steward allemand disparaît à l'arrière de l'avion quelques minutes, avant de revenir et d'annoncer fièrement: «C'est bon, je lui ai crié dessus». Selon ses explications, l'homme faisait semblant de dormir, puis allait supplier «pardon, pardon, ne m'arrêtez pas, c'était un accident». «Quand j'ai entendu ce qu'avait dit le type», déclare Dana, «mon sang n'a fait qu'un tour. Bordel, je n'avais pas rêvé, le mec admettait tout». C'est à ce moment qu'elle se met à pleurer.

«Qu'est-ce que vous allez faire?»

L'équipage trouve à Dana une autre place, en classe affaires. Elle y reste, tremblante, entourée de passagers assoupis. À tous les stewards et les hôtesses qui passent à sa portée, elle raconte ce qui vient de lui arriver . «Ils m'ont couverte de cadeaux», me dit-elle «des trucs gratuits pour que je me calme. J'avais l'impression qu'ils me faisaient “ah oui mais quel connard, je vous ressers du vin?”» Un steward allemand s'arrête un moment pour lui expliquer que «ça arrive que des gens bougent pendant leur sommeil» et que «les hommes indiens le font tout le temps» (L'agresseur présumé semblait d'origine sud-asiatique). Une fois ses esprits repris, Dana se lève pour rejoindre l'équipage à l'avant de la classe affaires. Elle leur demande ce qu'ils comptent faire avec l'homme. «Ils ont regardé devant eux et m'ont tout simplement ignorée», affirme Dana.

Il n'y a qu'une hôtesse américaine pour lui prêter une oreille bienveillante. Elle explique à Dana que l'équipage a «signalé le profil [de l'homme]». (Aucun professionnel de l'aviation avec qui j'ai pu m'entretenir a su me dire à quoi pouvait correspondre ce «profil» et personne n'avait jamais entendu parler de ce genre de signalement). L'hôtesse ira à l'arrière de la cabine pour prendre l'homme en photo sur son téléphone portable. «Elle avait vraiment l'air de se préoccuper de mon sort», me dit Dana. «Alors je lui ai demandé “qu'est-ce que vous allez faire?”» La femme répond qu'elle va informer un agent de la Lufthansa, qui sera là à la descente de l'avion.

Sauf qu'à l’atterrissage, Dana a comme un mauvais pressentiment. «Je suis restée à ma place et j'ai vu tous les passagers descendre, m'écrit-elle. L'homme est parti». Quand elle s'adresse au guichet de la Lufthansa, un agent «se met en colère et me demande pourquoi je n'en ai pas parlé plus tôt, avant l’atterrissage de l'avion. Je lui ai répondu “C'est ce que j'ai fait”». Visiblement, l'équipage n'avait jamais appelé le personnel au sol. C'est ce que l'agent expliquera à Dana –la preuve, la police n'était pas présente à la descente de l'avion et l'homme, avec tous les potentiels témoins, avait pu partir. Dans les heures, les jours et les semaines qui suivront, on lui donnera encore et toujours cette explication –au service de sécurité de l'aéroport de Francfort, à la police de Cologne et, une fois rentrée chez elle dans le New Jersey, dans les bureaux du FBI.

L'hôtesse américaine sera le dernier membre de l'équipage dont Dana croisera le regard.

«J'étais avec la police à l'aéroport (…) elle est arrivée en courant et a tapé à la vitre “J'ai une photo”, m'a-t-elle dit, comme si elle pensait sincèrement pouvoir m'aider, précise Dana. Et je pense vraiment qu'elle était sincère. Mais malheureusement, elle n'avait pas été formée pour m'aider.»

Aucun recensement précis n'existe

À quelle fréquence les passagers –et surtout les passagères, voyageant seules– vivent ce genre d'épreuves? Et quelle est la réaction des équipages et des compagnies aériennes? Les réponses à ces questions sont étonnamment difficiles à trouver, ce qui ne m'a pas empêchée de passer deux mois à les débusquer –et de me faire balader entre trois agences fédérales et une myriade de RP aéronautiques.

Déjà, commençons par les chiffres. Une porte-parole du FBI m'a affirmé que, pour 2015, le nombre d'affaires en cours concernant des agressions sexuelles à bord d'un avion s'élevait à 40. Pour 2016, fin août, la pile rassemblait déjà 37 dossiers. Sauf que le FBI ne consigne pas les plaintes pour agressions sexuelles survenues en vol dans son Uniform Crime Report, son répertoire officiel et national de toutes les plaintes déposées, à tous les échelons du maintien de l'ordre.

Dès lors, impossible de savoir combien de cas rapportés aux agents de sécurité aéroportuaires et aux commissariats locaux n'ont pas atteint les statistiques du FBI. En 2014, lorsqu'il fut révélé qu'au moins quatre faits d'agressions sexuelles s'étaient déroulés dans des avions à destination des aéroports Dulles et Ronald Reagan, dans la région de Washington, Eleanor Holmes Norton, membre du Congrès américain, avait essayé de faire adopter une loi obligeant la Federal Aviation Administration (FAA) à dresser des statistiques sur ce problème –sans succès. À l'époque, un article de NBC précise qu'«aucune agence fédérale ne répertorie des données» sur ce genre de méfait.

Ses sous-vêtements ont été retournés et il y avait de la crème hydratante autour de son pubis et sur sa culotte

La réalité, c'est aussi que la plupart des victimes d'agressions sexuelles ne portent pas plainte, donc même si le gouvernement s'attelait à la collecte de chiffres, il serait quasiment impossible d'obtenir un décompte réaliste. De même, aucune des compagnies aériennes contactées pour cet article –United, American, JetBlue, Southwest, Delta, Frontier, Spirit et Alaska– n'a voulu me donner des chiffres sur les agressions sexuelles survenues sur leurs vols. De même, United Airlines s'est refusé à tout commentaire sur l'histoire de Dana. La Lufthansa a confirmé que Dana avait bien signalé un incident à United, sans donner davantage de précisions.

À chaque fois, des femmes qui voyageaient seules sur des vols de nuit

Les affaires relayées dans les médias laissent néanmoins entendre que les avions sont des endroits bien plus pernicieux pour les femmes que la plupart des gens peuvent l'imaginer. Il suffit d'une recherche rapide pour obtenir déjà de nombreux exemples. En 2014, un prêtre catholique est accusé d'avoir touché «les seins, l'intérieur des cuisses et l'entrejambe» d'une femme sur un vol de nuit entre Philadelphie et Los Angeles. Il se justifiera aux autorités en affirmant qu'il apprécie les «vols décontractés» en compagnie de femmes. La même année, un habitant d'Hawaï essayera de violer une femme dans les toilettes d'un avion à destination du Japon. La victime sera sauvée in extremis par des passagers qui démonteront la porte des W.C.

En 2015, une femme vivant dans le New Jersey fait le trajet Dubaï-JFK. Elle avale un Xanax pour dormir et se réveille en «ayant mal au vagin». Elle remarque que «ses sous-vêtements ont été retournés et qu'il y avait de la crème hydratante autour de son pubis et sur sa culotte», peut-on lire dans sa déposition aux policiers. Son voisin de siège, un habitant de Staten Island, avait effectivement volé un tube de crème Nivea dans son sac pour l'appliquer sur son corps et entre ses jambes.

En juin dernier, le Washington Post relatait l'histoire d'une jeune fille de 13 ans qui affirmait avoir été agressée sexuellement sur un vol entre Dallas et Portland, sur lequel elle voyageait en tant que mineur non accompagné. Son avocat, Brent Goodfellow, m'a affirmé qu'après la vague d'indignation suscitée par l'article, son bureau a été submergé d'appels et d'e-mails de femmes ayant été elles aussi agressées dans un avion. Quand je lui ai demandé combien il en avait reçu précisément, il a réfléchi une minute, avant de me répondre: «Une cinquantaine».

Des histoires qui semblent toutes suivre une logique similaire, m'explique Dana LaRue Park, une blogueuse ayant entendu parler d'au moins dix cas comparables depuis 2011, date à laquelle elle avait relaté son agression sexuelle à bord d'un avion faisant Los Angeles-Chicago. Comme elle, toutes les personnes qui l'ont contactée sont «des femmes qui voyageaient seules sur des vols de nuit». En général, elles avaient pris quelque chose pour dormir. Le plus souvent, elles étaient emmitouflées dans des couvertures qui avaient permis de camoufler les mains baladeuses de leur agresseur, ou bien c'était ce dernier qui s'était de lui-même caché de la sorte –ce qu'avait fait celui de LaRue Park avec sa veste. Assises sur un siège de milieu de rangée ou près du hublot, les victimes s'étaient senties «emprisonnées». Par exemple, si LaRue Park n'a pas appelé les membres de l'équipage pendant que l'avion était en vol, c'est parce qu'elle aurait dû enjamber son agresseur pour accéder au couloir central.

Évidemment, les facteurs de risque d'agressions sexuelles dans un avion –être une femme, prendre un vol de nuit, dormir dans ce vol de nuit comme tous les autres passagers– sont des éléments des plus banals qui ne devraient pas empêcher la moitié de la population de voyager comme bon leur semble. Le problème, c'est que les compagnies aériennes ont en réalité très peu de directives laissant entendre qu'elles se sentent responsables de la gestion et la diminution de ces risques.

«À mon avis, ce n'est pas un problème qui est pris en compte, et je ne crois qu'il soit pris en compte, en général, au sein du secteur aéronautique, m'affirme Sara Nelson, la présidente de l'Association of Flight Attendants (AFA), un des premiers syndicats américains représentant le personnel navigant commercial. Nous avons des protocoles généraux pour les agressions en vol, mais il y a très peu de formations et de protocoles» sur la question spécifique des agressions sexuelles.

Un manque flagrant de formation

Si, sur le vol de Dana, l'équipage n'a pas été capable de s'adresser convenablement à une victime, ou de faire la différence entre de la balourdise et une agression sexuelle, c'est donc probablement, en partie, parce qu'il n'a pas été formé pour ça. United n'a pas voulu faire de commentaire sur ses formations et ses protocoles de sécurité. Un porte-parole de la Lufthansa m'a seulement précisé que «la gestion de tout type de comportement agressif fait partie de notre Formation Facteurs Humains», obligatoire pour tout son personnel navigant, et que «Le Groupe Lufthansa ne tolère aucune forme d'attitude agressive».

Heather Poole, une hôtesse de l'air forte de vingt ans d'expérience dans le secteur aéronautique –et qui a elle-même écrit sur les attouchements qu'elle a pu subir de la part de passagers– m'a affirmé qu'elle n'avait jamais reçu de formation spécifique concernant les agressions sexuelles, et qu'elle n'avait d'ailleurs jamais entendu parler d'une telle formation.

Ils m'ont dit “ce qui vous est arrivé, c'est juste de la grossièreté, laissez tomber”

Pour que la police ait été présente au débarquement de l'avion de Dana, et ait arrêté son agresseur, il aurait fallu que l'équipage porte l'agression à la connaissance des pilotes –les seules personnes à bord ayant le droit de communiquer par radio avec le sol– qui, à leur tour, auraient dû décider si l'incident méritait un signalement. Dans des situations extrêmes, si des passagers ou des membres de l'équipage sont confrontés à un danger immédiat, les pilotes peuvent décider de modifier la course de leur appareil et d'appeler l'aéroport le plus proche afin d'obtenir une autorisation d'atterrissage. Mais la communication entre le personnel de cabine et le commandant de bord n'est pas toujours cristalline, m'explique Poole. «C'est le commandant qui décide et il y a une épaisse cloison entre lui et nous.»

Les forces de l'ordre locales sont une autre variable à prendre en compte, surtout si l'avion atterrit dans un pays comme l'Allemagne, connu pour sa légèreté en matière de répression des agressions sexuelles. Selon Dana, lorsqu'elle s'est rendue au commissariat de Cologne, «Ils m'ont dit “ce qui vous est arrivé, c'est juste de la grossièreté, laissez tomber”».

Signaler ou ne pas signaler, telle est la question

De retour chez elle, Dana est allée voir le FBI. Une porte-parole de l'unité des crimes graves, au sein de la Division des enquêtes criminelles du FBI, qui gère les cas d'agressions sexuelles dans des avions, m'a expliqué que le FBI et les forces de l'ordre étrangères ont tendance à collaborer, mais que les crimes qui surviennent dans des compagnies aériennes américaines relèvent des prérogatives de l'agence. (Idem pour les crimes qui surviennent dans l'espace aérien américain). Selon Dana, les enquêteurs auxquels elle s'est adressée ont été bienveillants, tout en semblant vouloir la préparer à une déception. (Il est contraire aux directives du FBI de commenter et même de confirmer l'existence d'une enquête précise). Si le FBI n'est pas présent à la descente de l'avion, les enquêteurs font face à des obstacles qui peuvent «entraver la collecte de preuves et de témoignages», déclare la porte-parole. Et même si l'agence peut obtenir le nom de l'agresseur présumé auprès de la compagnie aérienne, les potentiels témoins se sont dispersés et la propre mémoire de la victime peut être défaillante.

LaRue Park a remarqué qu'il y avait «une certaine urgence qui se fait sentir si l'agression est tout de suite signalée». Son conseil aux victimes: «faire la plus grosse scène possible quand l'agression survient, pour attirer l'attention et qu'il y ait des témoins». Tout en ajoutant que «les affaires, avec ou sans témoin, sont beaucoup mieux prises aux sérieux» si l'équipage appelle en cours de vol.

C'est sur cette décision fondamentale –appeler ou non le sol dans le cas d'une agression sexuelle– que les équipages semblent avoir le moins de consignes, que ce soit de la part des compagnies aériennes ou du gouvernement fédéral. Lors de mon premier appel à la FAA, son porte-parole, Jim Peters, m'a renvoyée à la Transportation Security Administration. À la TSA, on m'a dit qu'on s'occupait de «la lutte contre le terrorisme, pas du maintien de l'ordre à bord des appareils» et on m'a réorientée vers la FAA. Cette fois-ci, Peters m'a envoyé par e-mail le paragraphe adéquat des Federal Aviation Regulations –la section 121.421.ii– qui stipule simplement que le personnel de bord doit être formé à la «gestion des passagers, ce qui comprend les procédures à suivre dans le cas d'individus perturbés ou d'autres individus dont les comportements peuvent nuire à la sécurité de l'appareil».

«Chaque compagnie décide du mode d'application de cette réglementation, la FAA ne leur dit pas comment le faire», m'a précisé Peters, avant d'ajouter :

«En général, il relève du pouvoir discrétionnaire de l'équipage d'appeler ou non les forces de l'ordre pour qu'elles soient présentes au débarquement de l'appareil et la FAA n'a pas de consignes à donner aux équipages qui veulent signaler aux autorités qu'un passager a fait part d'une agression sexuelle durant le vol.»

La plupart des compagnies que j'ai contactées n'ont pas été beaucoup plus claires sur la manière dont elles mettaient en œuvre ladite section 121.421.ii. Un porte-parole d'American Airlines m'a écrit: 

«Dans tous les cas d'inconduite entre deux passagers, nous allons immédiatement les séparer et demander aux forces de l'ordre d'être présentes au débarquement de l'avion (…). Par mesure de prudence, nos employés sont formés pour signaler toute activité suspecte aux forces de l'ordre.» 

Une porte-parole de Southwest m'a écrit que «nos équipes sont formées aux tactiques d'auto-défense face à différents types d'agression. En fonction de la situation, nos protocoles nous incitent à séparer les individus et à fournir des mesures de signalement adéquates». Lorsque j'ai écrit à United pour leur demander si leurs équipages étaient formés à la gestion des agressions sexuelles et quels étaient leurs protocoles dans ce cas, un porte-parole m'a renvoyée vers la TSA. Je n'ai reçu aucune réponse de JetBlue, Delta, Spirit, Frontier et Alaska.

Le règne du cas par cas

En pratique, il semble que les réactions des équipages varient du tout au tout. Goodfellow, l'avocat de la victime de 13 ans, m'a mise en relation avec une autre de ses clientes, adulte au moment des faits. Je l’appellerai Lorrie par respect pour son anonymat, car elle craint toujours son agresseur présumé. En septembre 2015, Lorrie est à bord d'un vol Londres-Dallas d'American Airlines lorsqu'elle sera, selon ses termes «épiée et harcelée à plusieurs reprises par un individu dérangé». Dès que l'homme s’assoit à côté d'elle, elle remarque qu'il «marmonne dans sa barbe et serre nerveusement les poings».

J'en n'en ai pas cru mes yeux qu'ils fassent sortir un pilote. C'était quand même excessivement dangereux

Peu après le décollage, l'homme se met à se pencher vers elle et à la coincer contre le hublot. «Son visage était à quelques centimètres du mien et il avait la main posée sur son entrejambe». Lorrie réussit à se dégager et appelle le chef de cabine, qui change l'homme de place. Sauf que quelques minutes plus tard, explique Lorrie, l'homme revient à sa hauteur, se poste devant elle et «martèle du poing sur sa tablette» tandis que la panique la fait fondre en larmes.

À partir de là, explique Lorrie, l'attitude de l'équipage d'American sera déplorable. Pendant tout le reste des dix heures et quelques de vol, il n'allait cesser de changer l'homme de place –et l'homme n'allait cesser de revenir à la charge. À sa troisième réapparition, le personnel navigant le menace de l'immobilier avec des menottes –menace qu'ils ne mettront jamais à exécution, et Lorrie se demandera s'ils en avaient même la possibilité. Après que l'homme est revenu pour la huitième fois, le chef de cabine s’assoit à côté de Lorrie. Les deux ou trois fois suivantes, il était là pour «accueillir l'homme et le raccompagner à son siège». Ensuite, c'est l'un des deux pilotes qui le remplace.

«J'en n'en ai pas cru mes yeux qu'ils fassent sortir un pilote, m'explique Lorrie. C'était quand même excessivement dangereux.»

Des pilotes, Lorrie apprend qu'ils ont envisagé un moment de modifier la trajectoire de l'avion. «Ils m'ont tout dit des communications entre eux et les aéroports d'autres pays, tous les endroits où ils auraient pu atterrir». Puis elle ajoute «Ils m'ont même dit qu'ils auraient dû [le faire] mais que la manœuvre était très onéreuse et que ça aurait été extrêmement pénible pour tous les passagers».

«Notre boulot, c'est d'éviter que la situation dégénère»

Le porte-parole d'American Airlines, Ross Feinstein, me dit que «c'est au pilote de décider s'il modifie ou non la trajectoire de son appareil» et précise que de nombreux facteurs doivent s'aligner pour que le déroutement soit possible. Si l'avion est «trop lourd» –parce qu'il atterrit trop tôt–, il doit tourner des heures pour réduire sa quantité de kérosène afin que les réservoirs soient suffisamment vides pour que l’atterrissage se fasse en toute sécurité. Qui plus est, en cas de déroutement international, la nouvelle destination doit avoir des services de douane disponibles pour gérer l'arrivée des passagers.

Si Lorrie affirme qu'à l'arrivée de l'avion, des policiers sont entrés dans l'appareil et ont escorté son agresseur, pour des raisons ambiguës relatives à un manque d'informations, ils ont décidé de le relâcher. American confirme que des forces de l'ordre étaient présentes au débarquement de l'avion de Lorrie, sans vouloir faire davantage de commentaires. Lorrie me dit qu'elle vit toujours dans l'angoisse de croiser l'homme dans Dallas, là où elle habite. Elle ne connaît même pas son nom.

Les déroutements d'appareils peuvent effectivement coûter de quelques milliers d'euros à plusieurs centaines de milliers –mais les équipages peuvent décider que le jeu en vaut la chandelle lorsque les individus semblent particulièrement peu maîtrisables. En juin, un vol Portland-Anchorage d'Alaska Airlines s'était posé à Seattle, après qu'un homme de 23 ans, ivre, avait agrippé l'adolescente de 16 ans assise à côté de lui. La jeune fille s'était débattue, mais l'homme avait continué ses manœuvres jusqu'à lui fourrer de force sa langue dans la bouche. Même quand les équipages préfèrent conserver leur trajectoire initiale, ils peuvent faire autre chose que simplement appeler le sol et séparer l'agresseur et l'agressée.

«Notre boulot, c'est d'éviter que la situation dégénère, m'explique en mail Poole, l'hôtesse de l'air. On ne va pas se précipiter dans le couloir et hurler “au violeur”».

Mais face à l'importance de maintenir le calme à bord, les équipages doivent aussi considérer la nécessité de collecter des informations et, évidemment, de maîtriser l'agresseur. Si, dans sa carrière, Poole n'a jamais eu affaire à l’agression sexuelle d'une passagère, elle me précise qu'elle chercherait discrètement des témoins. Et si le vol est complet, elle se demanderait aussi «Comment changer de place l'agresseur? Comment gérer ce problème?»

«Il faudrait qu'il y ait des procédures»

Sur les vols de Dana et de Lorrie, l'équipage n'a visiblement jamais informé les autres passagers d'un problème, ni leur a demandé s'ils avaient vu quoi que ce soit. Les deux femmes m'expliquent que les lumières sont restées éteintes, idem pour le signal «Attachez votre ceinture», comme si tout était normal. D'autres équipages font d'autres choix. Dans le rapport du FBI sur le prêtre catholique qui avait agressé une femme sur le vol à destination de Los Angeles, on peut lire que le personnel de bord «l'a changé de place à l'avant de l'appareil, entre deux hommes» –sans doute pour que les stewards et les hôtesses puissent garder un œil sur lui et ses nouveaux voisins.

Lors de l'agression présumée de l’adolescente de 13 ans, explique son avocat, l'équipage avait identifié un passager qui, selon ses dires, avait vu que l'homme assis à côté d'elle avait beaucoup bu au bar de l'aéroport, avant le décollage. L'équipage changera alors de place la jeune fille et le potentiel témoin et les installera à l'avant de l'appareil. Ils allumeront aussi le signal «Attachez vos ceintures» afin, estime l'avocat, d'éviter de nouveaux incidents pendant le reste du vol et de préserver des faits matériels nécessaires à une éventuelle enquête.

Dans la plupart des cas, à mon avis, il faut que les forces de l'ordre soient présentes à la descente de l'avion

Dans un avion, une personne qui se prend un coup de poing dans la figure sait à peu près à quoi s'attendre de la part de l'équipage, formé à réagir à ce genre d'agressions, selon Nelson de l'AFA –mais, du moins pour le moment, une victime d'une agression sexuelle est incapable de prédire l'attitude du personnel de bord.

«Il faudrait qu'il y ait des procédures de signalement normalisées dans tout le secteur aéronautique, me dit Nelson. Dans la plupart des cas, à mon avis, il faut que les forces de l'ordre soient présentes à la descente de l'avion. Mais comme nous n'avons aucune directive standard, il est bien possible que cela ne soit pas toujours les cas.» 

Elle aimerait que le gouvernement et les compagnies aériennes résolvent les questions les plus basiques lors de ce genre d'incidents: «Est-ce qu'il faut changer les individus de place? Et qui? Est-ce qu'il faut demander à un autre passager de surveiller l'agresseur présumé? Est-ce qu'il faut l'immobiliser quelque part?»

«Le monde fait vraiment flipper»

Tant que les réponses à ces questions seront à la discrétion des équipages, et tant qu'ils ne seront pas suffisamment formés pour réagir à de tels incidents, les choses continueront à mal tourner. Depuis son agression, Dana est angoissée à l'idée de devoir retourner au siège de son employeur en Allemagne. Le FBI enquête toujours sur son dossier, mais ce qu'elle veut savoir, fondamentalement, c'est si «Je suis en sécurité à bord d'un vol d'United». Quand elle a parlé de son agression sur la page Facebook de la compagnie, elle a immédiatement reçu une réponse d'une responsable communication. «Votre dossier est entre les mains du FBI, on ne peut rien faire de plus», lui dira cette personne.

Aujourd'hui, des mois après son agression, Dana n'a cessé de «raconter mon histoire, encore encore encore». Ses proches lui disent de passer à autre chose, qu'elle risque de devenir folle. «Plus j'essaye de faire quelque chose, plus c'est pire, en fait». Elle est confrontée à des crises d'angoisses.

«Au fond, j'ai l'impression qu'ils me disent “Ben qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse? C'est comme ça, on va toucher votre corps, votre corps ne vous appartient pas”, dit-elle. Tout ma vie, je me suis dit que s'il m'arrivait ce genre de trucs, j'allais évidemment avoir des recours. Mais en fait, non, c'est effrayant. Le monde fait vraiment flipper.»

Dans les avions, nous avons souvent un étrange sentiment de sécurité: à des kilomètres du sol et des normes du quotidien, il nous semble normal de nous endormir, serrés entre de complets inconnus. Dana n'aura probablement plus jamais ce sentiment. Elle se souvient de la gentille hôtesse de l'air qui lui dit «Ne t'inquiète pas, ma chérie, on l'a, il est dans l'avion, il ne peut aller nulle part». Ce qui sera vrai pendant un temps. «Sauf qu'ils l'ont laisser filer».

Les femmes boivent désormais presque autant d’alcool que les hommes,articles femmes hommes,sante,

28 Octobre 2016, 21:36pm

Publié par hugo

Les femmes boivent désormais presque autant d’alcool que les hommes

26/10/2016 | 12h51
 
Louise Delage, un compte Instagram monté de toutes pièces par une agence de publicité pour faire de la prévention sur les dangers de l'alcool (Photo: capture d'écran Instagram / Louise Delage)

A lire sur edition.cnn.com

S’il y a bien un domaine dans lequel l’égalité est en marche, c’est l’alcool. D’après une étude réalisée par des chercheurs australiens et américains, les femmes ont rattrapé les hommes en terme de consommation d’alcool et des problèmes allant avec. Selon Le Point, ce rapport se base sur différentes études ayant porté “sur plus de 4 millions de personnes“, très représentatives des pays occidentaux puisqu’elles ont été réalisées en Europe à 39,7 % et en Amérique du Nord à 36,7 %.

D’après ce rapport, les hommes nés entre 1891 et 1910 était 3,6 fois plus susceptibles que les femmes de tomber malade à cause de l’alcool. Aujourd’hui, les hommes nés entre 1991 et 2000 ont seulement 1, 3 fois plus de risque de tomber malade à cause de l’alcool que les femmes. Un écart qui s’est resserré au fil des décennies tout comme la consommation “normale” et excessive d’alcool.

Selon Le Point, sur les 68 études qui composent ce rapport, 42 expliquent ce rapprochement entre hommes et femmes par une hausse de la consommation d’alcool chez les femmes et seulement 6 le relient à une baisse de la consommation chez les hommes.

Changement des stéréotypes de genre

Traditionnellement associés aux hommes, les problèmes induits par l’alcool touchent désormais les femmes. Selon Katherine M. Keyes, professeure d’épidémiologie à l’université de Columbia interviewé par CNN:

“La chose essentielle à souligner est que des traitements sont disponibles pour tous ceux qui souffrent de problèmes d’alcool, aussi bien les femmes que les hommes. Cependant, on doit se concentrer sur les femmes car celles qui boivent et ont besoin d’aide sont stigmatisées, car boire est encore vu comme un comportement d’homme”.

Un phénomène mis en lumière récemment pas le compte Instagram de Louise Delage, une jeune femme représentative de la génération Y mettant en scène sa vie à coup de photos de vacances et de selfies. La différence avec d’autres comptes similaires? Les clichés comportent toujours un verre d’alcool, plein ou vide. Il s’est finalement avéré que Louise Delage n’avait jamais existé et que ce compte était tenu par l’agence BETC Paris pour une campagne de sensibilisation du Fonds Actions Addictions. Une façon pour les femmes de gagner de la visibilité, même dans la lutte contre l’alcoolisme.

 

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 http://www.lesinrocks.com/2016/10/news/femmes-boivent-desormais-presque-autant-dalcool-hommes/

Les poursuites du FN contre une journaliste infiltrée échouent définitivement,fn,extreme droite,racisme,violences,

27 Octobre 2016, 19:34pm

Publié par hugo

Les poursuites du FN contre une journaliste infiltrée échouent définitivement
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AFP ÉDITION ENQUÊTE FN MÉDIAS PARTIS PROCÈS
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Le 26.10.2016 à 17:46
Les poursuites du FN contre une journaliste infiltrée échouent définitivement
La journaliste Claire Checcaglini, le 23 février 2012 à Paris
© PIERRE VERDY
La justice a définitivement refermé la procédure engagée par le FN pour escroquerie contre la journaliste Claire Checcaglini, qui s'était infiltrée...
La justice a définitivement refermé la procédure engagée par le FN pour escroquerie contre la journaliste Claire Checcaglini, qui s'était infiltrée pendant plusieurs mois au sein du parti d'extrême droite pour en raconter l'envers du décor, selon une décision consultée par l'AFP.

Dans "Bienvenue au Front - Journal d'une infiltrée" (Editions Jacob Duvernet), Claire Checcaglini, qui avait pris une fausse identité pour entrer au FN, fait le récit de son militantisme au sein du parti d'extrême droite, en 2011, dans la fédération des Hauts-de-Seine, puis à Paris. En reprenant les paroles radicales de militants ou cadres croyant s'exprimer devant l'une des leurs, l'auteur voulait démystifier le FN "light" mis en avant par l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête. La méthode de l'infiltration fait l'objet d'un débat récurrent.

L'information judiciaire ouverte à Nanterre s'était soldée par un non-lieu, décision confirmée en appel, puis le FN avait formé un pourvoi en cassation, qui a été rejeté mercredi.

Dans son arrêt, consulté par l'AFP, la Cour de cassation souligne que les "agissements dénoncés" par le FN "se sont inscrits dans le cadre d’une enquête sérieuse, destinée à nourrir un débat d’intérêt général sur le fonctionnement d’un mouvement politique".

De plus, "eu égard au rôle des journalistes dans une société démocratique", ajoute la Cour, "et compte tenu de la nature des agissements en cause, leur incrimination constituerait, en l'espèce, une ingérence disproportionnée dans l'exercice de la liberté d’expression".

La présidente du FN avait également poursuivi en diffamation la journaliste, qui avait été relaxée.

http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/poursuites-fn-contre-une-journaliste-infiltree-echouent-definitivement-1538229#

Rémunération: les femmes seront autant payées que les hommes dans 170 ans,femmes,economies,salaires,egalites,

27 Octobre 2016, 19:01pm

Publié par hugo

Rémunération
Rémunération: les femmes seront autant payées que les hommes dans 170 ans
Le 26.10.2016 à 19h01

Selon le rapport 2016 du Forum économique mondial (WEF) sur la parité homme/femme, l'égalité salariale entre hommes et femmes sera atteinte en... 2186.

Egalité salariale hommes/femmes
Dans le classement des pays les plus performants en matière d'égalité homme/femme, l'Islande arrive en tête, devant la Finlande, la Norvège et la Suède.
(C) AFP
L'égalité salariale entre hommes et femmes pourrait devenir une réalité dans 170 ans, en raison d'un "fort ralentissement" dans ce domaine, selon le rapport 2016 du Forum économique mondial (WEF) sur la parité homme/femme.

Si rien ne change, il faudra attendre 2186 pour atteindre la parité économique entre les hommes et les femmes au travail, a indiqué Saadia Zahidi, l'un des auteurs du rapport.

L'année dernière, le WEF avançait un horizon moins lointain pour cet objectif, soit "seulement" 118 ans.

Selon le WEF, le fossé entre les sexes a atteint en 2016 59% dans le domaine économique, l'un des quatre indicateurs du Forum économique, avec l'éducation, la santé et l'émancipation politique, pour réaliser cette étude annuelle qui porte sur 144 pays.

Concrètement, si un homme gagne 100 dans le monde, la femme ne touche que 59, malgré "de plus longues heures de travail".

La France au 17ème rang

En 2008, ce fossé était de 58,3%, et en 2013, la meilleure année pour cet indice calculé par le WEF depuis 2006, il était de 59,9%.

Dans le classement des pays les plus performants en matière d'égalité homme/femme, l'Islande arrive en tête, devant la Finlande, la Norvège et la Suède.

Le Rwanda arrive devant l'Irlande à la 5e place. Les Philippines suivent devant la Slovénie, la Nouvelle-Zélande et le Nicaragua.

C'est la 8ème année de suite que l'Islande occupe la première place. Les salaires des femmes y représentent 87% de ceux des hommes.

En France, le décalage entre hommes et femmes est comblé à 75%. La France occupe le 17ème rang du classement du WEF.

Un taux d'activité qui stagne

Par région géographique, l'Europe occidentale se positionne devant l'Amérique du Nord, l'Amérique latine et les Caraïbes, l'Europe orientale et l'Asie centrale. Suivent l'est de l'Asie et le Pacifique, l'Afrique subsaharienne, le sud de l'Asie et le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Dans le monde, le taux d'activité stagne à 54% chez les femmes contre plus de 80% pour les hommes et le nombre de femmes qui occupent des postes à haute responsabilité reste bas.

La parité entre parlementaires, hauts cadres et directeurs n'est observée que dans quatre pays. Alors même que le taux de femmes diplômées d'une université est égal ou supérieur à celui des hommes dans près de 100 pays.

Les graphiques de Challenges

Les avancées sont les plus importantes dans le secteur de l'éducation, où l'écart entre les hommes et les femmes s'est réduit de 1% en 2016. Le décalage s'est en revanche très légèrement dégradé dans la santé, avec un taux de 96%.

(avec AFP)

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En France, une plainte pour viol toutes les 40 minutes, une augmentation de 18% en 5 ans,viols,france,

27 Octobre 2016, 18:58pm

Publié par hugo

En France, une plainte pour viol toutes les 40 minutes, une augmentation de 18% en 5 ans
 11/08/2015 10:16 CEST | Actualisé 05/10/2016 15:55 CEST

AFP

AFP
VIOL - Le nombre de viols dénoncés aux autorités a augmenté de 18% en cinq ans, en France, selon des informations du Figaro ce mardi 11 août.

"Sur les cinq dernières années, les viols dénoncés aux autorités ont augmenté de 18% (de 10.762 faits en 2010 à 12.768 faits en 2014), tandis que les viols sur mineurs ont grimpé, dans le même temps, de plus de 20% (de 5.751 à 6.936 faits répertoriés)", écrit Le Figaro, selon des données que le quotidien a pu consulter.

33 viols par jour, un toutes les 40 minutes

"Trente-trois viols sont déclarés chaque jour en France, soit un toutes les quarante minutes en moyenne!", note Le Figaro avant de souligner qu'"il ne s’agit que des affaires signalées aux autorités de police et transmises aux parquets." Ces chiffres impressionnants ne permettent pas pour autant de savoir si le nombre de viols a augmenté. Ils semblent en tout cas indiquer que les victimes brisent plus le silence qu'il y a 5 ans, même si le taux de plainte reste très faible.

De fait, "la zone grise demeure considérable. Les enquêtes de victimation (ces sondages de grande ampleur réalisés par l’Insee auprès de victimes, NDLR), attestent que le taux de plainte pour viol est inférieur à 10%", explique au journal Christophe Soullez, le directeur de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

Le nombre de faits rapportés à la population place "la Guyane en tête des départements les plus exposés à ce type d’atteintes, statistiquement parlant: un viol annuel pour 2.000 habitants en moyenne. La Martinique et la Guadeloupe affichent également des taux de signalement particulièrement élevés", détaille le journal.

"Paris arrive juste en-dessous dans le classement, avec plus de 600 viols déclarés en 2014. Ailleurs en métropole, ce sont les secteurs ruraux comme la Sarthe, l’Yonne, l’Orne ou le Loiret qui déclarent le plus d’affaires par habitants," conclut Le Figaro.

 

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http://www.huffingtonpost.fr/2015/08/11/france-plainte-viol-40-minutes_n_7969526.html