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Se définir soi-même, le défi des jeunes Asiatiques de France,france,societe

2 Juillet 2017, 02:07am

Publié par hugo

 Se définir soi-même, le défi des jeunes Asiatiques de France
par Roxanne D'Arco
 
⦁ Qui suis-je ? Une simple question à laquelle il n’est pourtant pas facile de répondre. Dans un environnement familial plutôt silencieux sur les blessures du passé, les jeunes Asiatiques de France apprennent à se définir en partant à la quête de leurs origines.
Ils sont d’origine vietnamienne, chinoise, cambodgienne… ils sont métisses ou exclusivement d’origine asiatique. Peu importe les situations personnelles, pour ces « Asiatiques de France », tout commence généralement à l’enfance, entre l’image qu’ils renvoient à l’école et/ou à leur famille.
Kim est une jeune femme de 27 ans, et se définit comme Teotchew et Cambodgienne. Accompagnée de Jacques et Christine, chacun se donne une « étiquette » différente. « Je vais reprendre Jean-Baptiste Phou (artiste franco-cambodgien, ndlr) qui dit qu’on est franco-sino-khmer, ce qui fait un peu tout le trait du background qu’on a », dit le premier, tandis que la seconde ajoute : « Je dis souvent que je suis française d’origine chinoise du Cambodge. » Pour Christine et Kim, la question de l’identité a toujours été un sujet compliqué.
« Je t’en voudrais toujours parce que je n’ai pas envie d’être chinoise ou cambodgienne »
« J’ai longtemps rejeté mes origines. J’ai grandi à Belleville, c’était super parce que c’était multiculturel mais en même temps, j’ai reçu beaucoup d’insultes. J’avais honte de mes origines, au point qu’il était compliqué de me promener avec ma sœur », explique Christine. Mais en 2011, elle se rend compte qu’elle a atteint l’âge qu’avaient ses parents à leur arrivée en France : 25 ans. « Un déclic », qui lui a donné envie d’en savoir un peu plus sur ses origines.
Assise à sa droite, Kim avoue avoir eu le même malaise à l’école primaire : « J’étais la seule Asiatique, je ne comprenais pas les remarques des autres. Je me souviens avoir dit à mon père : ‘’Je t’en voudrais toujours parce que je n’ai pas envie d’être chinoise ou cambodgienne, j’ai juste envie d’être comme tout le monde’’.» Pour la sociologue Simeng Wang, ce sentiment n’est pas rare chez les jeunes, notamment chinois ou d’origine, qu’elle a pu rencontrer au cours de ses recherches : « Ils me racontent qu’ils ont honte de leurs parents puisqu’ils ne savent pas parler français, ont besoin d’eux pour les démarches administratives, s’occuper du commerce… Même si cela ne se traduit pas en pathologie lourde, ces enfants expriment une forme de souffrance psychique avec le sentiment de honte, d’être déracinés. »
Dans le cas de Kim, « le déclic s’est fait à l’adolescence, quand on cherche à se définir ». Cette quête de l’identité, Quang l’a aussi commencée à l’adolescence. Cet « homme du 13ème » de 34 ans est d’origine vietnamienne. Ses parents se sont installés en France suite aux différentes guerres (d’Indochine entre 1946 et 1954, puis la guerre du Vietnam entre 1963 et 1975).
« Comment mon questionnement s’est déroulé ? Chez les Asiatiques de France, on se considère comme des bananes ! Jaunes dehors et blancs dedans. On n’est pas très confortables avec ces choses-là », dit-il en souriant. Quang avoue ne s’être jamais intéressé à ses origines jusqu’au lycée, où là, il a commencé à « mystifier la culture asiatique, l’estimant supérieure à la culture française ». L’équilibre vient une fois arrivé à la fac, où il commence à étudier, notamment la colonisation et se rend compte de toute la complexité de la question.
Le complexe de la banane ?
Au cours de la vie de ces jeunes Asiatiques de France, la question des parents se révèle essentielle dans cette construction de l’identité. C’est le cas de Grace, 37 ans et auteure d’un blog intitulé La petite banane. « Même si des gens trouvaient le nom moche ou sexuel, j’ai choisi ce nom parce que ma mère m’appelait ainsi quand j’étais petite », raconte la jeune femme. Et oui, encore cette expression…
« C’était une insulte pour elle. Ça l’agaçait que je parle très mal chinois, elle me trouvait insolente… Je ne comprenais pas ! Je pense que beaucoup de la seconde génération se retrouvent dans une pression et l’envie de faire honneur à leurs parents mais en même temps, ce sont des enfants de nos jours… C’était difficile à concilier », estime aujourd’hui la bloggeuse. D’ailleurs, elle avoue qu’après 20 ans d’apprentissage du chinois, la tâche est toujours compliquée ! « Au final, je pratique le kitchen chinese, comme on dit aux États-Unis. Je peux commander sans problème au restaurant mais impossible d’avoir une conversation sur des sujets politiques ou autre. J’avais l’impression que ma mère avait honte de mes capacités. Et le blog était une manière de me réapproprier mes origines. »
Étant de la deuxième ou troisième génération, ces personnes se sentent avant tout français. Le décalage de perception avec leurs parents est assez flagrant. Pour Sun, journaliste, entre autres activités, « il y a une différence dans la manière d’appréhender la France. Je me suis toujours senti français, je m’investis dans la vie citoyenne, je n’ai pas eu l’impression d’être rejeté et de devoir faire plus que les autres. Ce dernier point, mes parents ont eu à le faire. J’ai vu comment ils ont travaillé pour y arriver ».
L’image renvoyée par la société
Le cadre familial n’est pas le seul domaine dans lequel il est difficile de se définir. Même à l’âge adulte, l’image renvoyée par la société reste celle de « l’Asiatique ». « Depuis les années 2010, la société française a évolué mais les gens nous perçoivent encore comme des Asiatiques, poursuit Sun. Il y a une question qui me rendait indifférent mais qui maintenant me gêne : lorsqu’on me demande mon origine directement, comme première question. Il n’y a aucun mépris mais au bout d’un moment, ça commence à faire beaucoup. J’ai l’impression d’être un peu l’Asiatique de service. Je réponds maintenant que je suis français. »
« C’est compliqué à définir, on nous renvoie à cette image d’Asiatiques de France donc autant en profiter pour avancer, ajoute Grace. Tout ce que je fais aujourd’hui, c’est pour que mes enfants n’aient pas à subir les mêmes choses en 2017. Quand on se rend compte que ça n’évolue pas, là, on se dit qu’il y a un problème. » La jeune femme a d’ailleurs lancé une websérie pour combattre ces clichés. Le premier est consacré à l’image de la femme asiatique (vidéo ci-dessous).
Justement, parlons-en. Au cours de cette série d’articles, quasiment toutes les femmes interrogées évoquent les clichés subis au cours de leur vie sur la femme asiatique supposément douce, adepte des massages, docile et exotique. « C’était hyper violent. C’est dur de se dire qu’on est soit invisible, soit sexualisée », commente Grace. Aujourd’hui, le temps est venu de s’affranchir de ces clichés ! D’ailleurs, la prochaine vidéo devrait aborder la question de l’homme asiatique.
Cette « simplification », Julie la côtoie également. Journaliste et frappée par le manque de diversité dans les médias et leur méconnaissance sur certains sujets, elle est en train de lancer le magazine Koï, qui sera consacré aux cultures asiatiques. Les clichés ? « C’est hyper commun. Je sais que mes amis sont les premiers à me dire : ‘’Hier, on était à un endroit, il y avait une Chinoise devant nous.’’ Je les regarde, puis ils me disent : ‘’Pardon, une Asiatique !’’ (rires). Disons que les mentalités changent petit à petit ! »
Le cas des métisses
Cette question des préjugés, les métisses la rencontrent aussi. Certains à moindre échelle que d’autres. Julie a une mère d’origine polonaise et un père d’origine vietnamienne. Elle s’est toujours sentie asiatique « même si cela ne voit pas trop ». Dans son cas, c’est passé par la nourriture, et à présent, par la langue, puisqu’elle apprend le vietnamien. Comment réagit son père à cela ? « C’est un papa asiat’ donc il ne réagit pas ! » (rires). Ce rapport face à une figure paternelle peu expressive, Mia le vit également avec son père.
Ce dernier est né en Chine, à Canton. Sa mère est aussi venue en France, mais n’a pas appris le français. Mia n’a donc jamais vraiment pu échanger avec sa grand-mère. De cette relation, Mia a réalisé un documentaire, connu sous le nom de Riz cantonais. Elle y fait le lien entre des familles chinoises nouvellement arrivées ici (à qui elle donnait des cours) et sa propre famille. Une manière d’imaginer leur quotidien des années avant sa naissance.
« A l’époque, j’habitais près de Belleville, et parmi les Chinois qui vivaient dans ce quartier, beaucoup étaient arrivés dans les années 80 et un certain nombre venaient de s’installer et étaient sans-papiers. C’était bizarre parce que je voyais des Chinois tous les jours sans pouvoir leur parler », explique la jeune femme dans un café sur Nation, à Paris. Ce documentaire, c’est un peu un résumé de la quête identitaire de Mia.
Une démarche qu’elle n’assume pas totalement, mais dont elle est heureuse de constater que chacun peut s’y reconnaître, autant des personnes d’origine étrangère que des Français « de souche ». Ce cheminement lui permet aujourd’hui de pouvoir savoir qui elle est et de transmettre ce bagage à ses enfants. « Je pense que je suis plus apte à répondre à leurs questions. Ma fille de huit ans prend des cours de chinois, mais elle est libre d’arrêter si elle le souhaite. Ma plus grande hantise était que tout passe à la trappe, que plus rien ne lui rappelle ses origines. »
Transmission inversée
Cette démarche de recherche d’identité et d’appropriation a un nom. On l’appelle upward transmission. En français, on peut traduire ce terme par « transmission inversée ». « Sur le champ de la sociologie, il y a eu des observations de ce phénomène et ses manifestations, mais au final peu d’analyses, de thèses ou de recherches précises », explique Mai Lam Nguyen-Conan, directrice de ViaVoice Diversity.
Concrètement, comment cette idée se traduit-elle ? « Pour les populations immigrées, en général, on se base sur le modèle où les parents préservent la culture d’origine et la transmettent aux enfants, qui eux s’assimilent, s’intègrent dans la société d’accueil. Dans le cas de la transmission inversée, beaucoup de jeunes vont aller explorer la culture d’origine et la transmettre aux parents. On le voit avec le port du voile des jeunes femmes aujourd’hui en France, qui est éclairé d’un sens et pas seulement la reproduction d’un modèle. De fait, elles réinventent la culture », ajoute-t-elle.
Au-delà de cet aspect culturel, Simeng Wang, sociologue et chargée de recherche au CNRS, observe ce phénomène de transmission inversée dans des champs plus pratiques. Au cours de ses travaux, elle s’est intéressée aux descendants de migrants chinois (la deuxième génération, ndlr) mais aussi à certains arrivés en France, enfants. Pour elle, ses derniers transmettent à leurs parents des ressources : « économiques puisqu’ils aident les parents dans le commerce familial, pour lire ou faire les courriers, assistent les plus jeunes pour les devoirs… »
Si cette prise de responsabilité n’est pas forcément le quotidien de tous ces descendants, la transmission pourrait être un véritable levier pour cette génération, en recherche de modèle dans les arts, la culture, les médias au sein de la société française. Les réseaux sociaux jouent d’ailleurs un rôle important et permettent d’explorer l’histoire, la culture d’origine. Par cette démarche, « beaucoup sont aussi dans la création d’un « panasiatisme ». En se posant les questions c’est quoi être un Asiatique ? Je ne pensais pas avoir de similitude avec un Chinois ou un Cambodgien. Pourtant, il y a bien des similitudes », estime Mai Lam.
Pour autant, tous ne sentent pas forcément ce mécanisme, ce qui explique que cet élan est encore en phase de construction. « À 37 ans, j’ai encore beaucoup de mal à transmettre les choses aux aînés », confie ainsi Grace, avant d’ajouter : « Des personnes plus âgées m’ont dit que prendre la parole, c’est indigne. Qu’aller dans la rue, ce n’était pas nous, qu’on devait être fidèle à l’image de cette minorité qui ne fait pas de bruit. La société nous donne des outils, alors autant les utiliser. Je ne suis pas prête à le faire mais le concept de transmission inversée m’intéresse beaucoup. En tout cas, si les aînés ne nous suivent pas sur notre démarche, au moins, qu’ils nous comprennent. »
Qu’évoque la désignation « Asiatiques de France » pour les principaux intéressés ? Nous avons posé la question à quelques-uns de nos intervenants
Les Asiatiques de France, ce n’est pas forcément très homogène. Il y a beaucoup de personnes avec des origines et issues de générations différentes. Il y a les immigrés de 1ère génération et les gens comme moi de 2ème – 3ème génération avec beaucoup de Chinois, Cambodgiens, Vietnamiens, et même Indonésiens.Linh-Lan, 29 ans
Les Asiatiques de France, c’est un terme très vague qui recouvre en même temps une certaine réalité. Ça regroupe toutes les origines possibles et imaginables. Ma mère est cantonaise et mon père est teo tchew. On a donc une langue, une cuisine, une histoire… Ce n’est pas la même chose quand je parle avec des amis originaires d’autres régions. Mais on est dans le même bateau en France, qu’on soit vietnamien, chinois… On nous traite de ‘’chinetoc’’ !Grace, 37 ans
Les Asiatiques de France, c’est une communauté très variée. Il y a des parcours, des histoires, des cultures différentes. C’est une communauté de ressentis et de perceptions.Anthony, 37 ans
Je pense que c’est un work in progress (un travail en cours, ndlr). Les Asiatiques de France n’existent pas encore en tant que communauté représentée. Il y a une envie qu’elle se structure mais ce n’est pas encore le cas.Hélène, 35 ans


http://www.respectmag.com/28975-definir-soi-meme-defi-jeunes-asiatiques-de-france#comment-1585
 

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