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Le blog de hugo,

Virginie Despentes : “Ma colère est une colère de vaincu”,VIOLENCE,

28 Mai 2017, 13:21pm

Publié par hugo


crédit: Vincent Ferrané pour Les Inrockuptibles
Livres
Virginie Despentes : “Ma colère est une colère de vaincu”
Le Friday 26 May 2017
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C’est le roman le plus attendu de l’année. Avec Vernon Subutex 3, Virginie Despentes clôt sa trilogie entamée en 2015 et plonge ses personnages dans l’actu récente, des attentats du 13 novembre à Nuit debout. Hautement politique, virtuose, violent mais aussi drôle, il risque de surprendre les lecteurs avec une fin inattendue. De la dynamite.

Par Nelly Kaprièlian
Si Virginie Despentes a débarqué en littérature avec un roman coup de poing, Baise-moi en 1994, elle a su recréer le même choc, mais d’une amplitude encore plus vaste avec le premier volume de sa trilogie Vernon Subutex, en 2015. L’énergie et la force intactes, exacerbées par l’expérience qu’elle a acquise en vingt ans d’écriture, auront abouti à l’une des œuvres les plus excitantes de notre époque : une traversée virtuose, drôle, juste, dans toutes les classes sociales et idéologies françaises, via son personnage de disquaire à la dérive, Vernon Subutex, passant de SDF à leader charismatique d’un groupe (les autres personnages le rejoignaient pour se rassembler autour de lui dans le volume 2) en forme de communauté alternative et festive.
On les retrouve dans le volume 3, mais leur liberté sera rattrapée par le monde : l’argent s’y insinue et gâche certains liens, la menace rôde, le producteur assassin cherche toujours à se venger, la violence les encercle. Difficile d’en parler sans en dévoiler la fin, sauf que ça gâcherait tout – disons juste que ce dernier volume est encore plus explosif que les précédents. Et toujours aussi passionnant sur la France d’aujourd’hui, des attentats du 13 novembre à Nuit debout, revisités par le regard acéré de l’écrivaine.
Mais là où Despentes prend encore plus de hauteur, c’est en glissant du côté de la SF et du mysticisme, évoquant un futur qui serait encore plus cruel, mais ouvrant aussi des possibilités de résistance. Rencontre à deux pas des Buttes-Chaumont, chez celle qui a su inventer une langue à elle mais qui parle à tout le monde – une littérature aussi généreuse qu’universelle.
Ça a été difficile d’écrire ce dernier volume ?
Virginie Despentes – Ce qui m’a surprise, un peu comme avec les volumes 1 et 2, c’est qu’assez vite j’avais énormément de pages. Je connaissais la fin dès le début, mais les événements du 13 novembre m’ont bloquée pendant un long moment. J’ai voulu changer l’histoire, alors je suis partie vers d’autres pistes et j’ai perdu du temps, pour rien. C’est fou comme tout a changé en deux ans, entre le 7 janvier 2015, date de la sortie de VS 1, et aujourd’hui. Faire rentrer tous ces changements dans le texte, c’est ce qui a été le plus complexe et perturbant.
Qu’est-ce qui a à ce point changé en deux ans ?
Ça a été une révolution, en fait : en France, le terrorisme a débloqué des paroles, qui étaient déjà prêtes à éclore, mais avec une violence qu’on n’imaginait pas. Et puis la crise de 2008 s’est amplifiée, a précipité des instabilités dans tous les pays d’Europe, a démonté la Grèce, la crise des émigrés a été fondamentale, il y a eu tous ces morts, on a vu apparaître des camps et on s’est habitués à tout ça. S’habituer, c’est le pire, ça prépare à plus grave, le fait de les envoyer en Turquie, c’était impensable il y a encore peu.
Et les élections récemment, c’était une catastrophe de plus. Ça nous a tous gênés d’aller voter Macron, d’aller voter par trouille pour la troisième ou quatrième fois consécutive, c’était au-delà du déprimant. Hollande a été très décevant, et beaucoup d’entre nous avaient voté pour lui pour contrer Sarkozy, mais on se disait qu’un peu de PS ne ferait pas de mal après tant d’années à droite… Là, quand on a vu au premier tour toutes les régions où Marine Le Pen est arrivée première, c’était consternant. Le bras tendu ou le poing levé, ce n’est quand même pas la même chose… Ce n’est pas rien de voir un pays voter pour sa propre démolition.
D’après toi, les gens votent FN par détresse ou par ignorance de ce qu’est vraiment ce parti ?
Je ne crois pas trop à l’ignorance dans ce pays. Je ne crois pas que le vote FN soit un vote contestataire, c’est un vote raciste, un vote pro-répression policière, un vote pro-torture, un vote de gens qui croient qu’il suffit de taper fort pour que tout rentre dans l’ordre. Un vote d’enfant qui croit qu’il faut que papa soit autoritaire et qu’alors tout va bien se passer. Il me semble que les électeurs FN imaginent que ça ne va s’appliquer qu’aux délinquants ou aux Arabes, et comme on leur explique que le problème en France, c’est pas la pauvreté et la confiscation des richesses, mais les Arabes, ils se disent que ça ira mieux.
Je crois qu’ils se trompent : ça va s’appliquer aussi à eux, leurs enfants, leurs proches. Ils ne gagneront pas mieux leur vie, les loyers ne seront pas moins chers, mais en plus ils auront la trouille chaque fois que leur gamin ne rentre pas à l’heure, parce qu’ils ne sauront pas s’il a été arrêté ou pas à l’école. Un Etat autoritaire n’est pas un Etat de justice, c’est un Etat dans lequel l’élite n’a plus à s’emmerder quand elle veut faire ce qu’elle veut. C’est un Etat dans lequel tu n’oses pas aller à la police pour demander pourquoi ton gamin est torturé. Parce que tu sais que la police t’enverra chier. C’est un Etat où tu as peur, c’est tout. Si les honnêtes gens étaient mieux traités dans les dictatures, ça se saurait, depuis le temps qu’il y a des dictatures…
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http://www.lesinrocks.com/2017/05/26/livres/virginie-despentes-ma-col%C3%A8re-est-une-col%C3%A8re-de-vaincu-11947807/

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