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Le blog de hugo,

A quand la diversité sur grand écran ?,egalite,racisme,societe,

24 Mai 2017, 00:58am

Publié par hugo

A quand la diversité sur grand écran ?
par Mounir Belhidaoui
Divines Houda Benyamina Film CésarCrédits : Easy Tiger
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La diversité a-t-elle sa place dans le cinéma français ? La question est récurrente. Les réponses, elles, sont encore loin d’être trouvées. Mais, petit à petit, les choses changent à leur rythme. Moteur, ça tourne !

Tapis rouge, coups de projecteurs sur des stars tous sourires, montée des marches, retransmissions en direct à la télévision. Comme le disait l’actrice Mélanie Laurent dans un discours d’ouverture du Festival de Cannes resté dans les mémoires : « le cinéma, c’est magique ». Peut-être, mais certains ont un peu plus de mal que d’autres à déceler cette magie, et ce n’est pas Georges Clooney qui dira le contraire. L’acteur, rendu célèbre grâce à son rôle de médecin dans la série Urgences, a très vite été érigé en icône du cinéma américain grâce à des rôles de premier plan.

Très engagé dans les causes sociales aux Etats-Unis, l’acteur avait posé cette question pour le moins polémique, lors de la cérémonie des Oscars en 2016 : « Le problème n’est pas tant qui vous choi­sis­sez, mais combien d’op­tions sont dispo­nibles pour les mino­ri­tés dans les films, parti­cu­liè­re­ment de qualité ? ». La star de la trilogie Ocean’s ajoutant qu’il avait l’impression que le cinéma américain allait « dans la mauvaise direction » et que bien des acteurs, Will Smith et Idriss Elba en tête, auraient pu être nommés pour leur film Concussion et Beast of no Nation respectivement.

Divines… et populaires

Le débat est d’ampleur outre-Atlantique, mais il l’est aussi en France. Régulièrement, des voix s’élèvent, dénonçant le flagrant manque de diversité au cinéma. On constate, après consultation d’une étude du centre national du cinéma (CNC), que la grande majorité des films français dépassant le million d’entrées sont des comédies « grand public », offrant dans la plupart du temps une vision quelque peu caricaturale des banlieues et de ses jeunes. Mais force est de constater que, petit à petit, les choses changent. Petit retour en arrière, en février 2017, lors de la prestigieuse Cérémonie des Césars. Les lumières sont braquées sur deux jeunes filles émues, accompagnées par une grande femme les regardant avec une fierté non dissimulée. La grande dame, c’est Houda Benyamina, la réalisatrice du film Divines, contant l’aventure de deux jeunes filles essayant de se sortir de leur condition dans un quartier précaire.

Divines Houda Benyamina
Le film Divines met en lumière des femmes combatives issues des quartiers. Crédits : Page Facebook du film
Houda Benyamina n’a pas fait « que » réaliser un film montrant un autre visage de la banlieue, présentant des femmes combattives qui veulent sortir de la misère et briser les inégalités sous couvert de bons mots (« toi, t’as du clitoris ! »), la réalisatrice s’est aussi illustrée par sa tenace volonté de créer une association, 1 000 visages, venant en aide aux futurs talents du cinéma en manque de réseau, venant pour la plupart d’horizons sociaux peu favorisés.

La relève arrive

Souleymane Sylla est l’un des représentants de cette association. Né à Dakar, il est arrivé à 8 ans à Paris, où il a très vite gravi les échelons. Théâtre au lycée, langues étrangères appliquées à l’Université, avant de bénéficier de l’aide de 1 000 visages via un passage au casting du film « Divines ». Dès lors, une voie royale s’ouvre pour Souleymane qui entre au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, le passage quasi-obligé pour devenir un « vrai » acteur de cinéma.

Souleymane Julles Sylla 1 000 visages
Souleymane Sylla, l’une des figures de l’association 1 000 visages. Crédits : DR
Le jeune homme, qui n’a pas sa langue dans sa poche, n’hésite pas à pointer le fait que c’est « la société qui construit les clichés ». Devant son soda dans une brasserie de la Porte des Lilas, à Paris, Souleymane Sylla, du haut de ses 25 ans, déplore le fait qu’un « acteur noir qui joue une fois le rôle d’une racaille va rester cantonné à ce rôle toute sa vie », et pointe du doigt une banalisation des clichés. « Prenons le film Gangsterdam (un film réalisé par Romain Lévy, sorti en 2017, ndlr) qu’on a accusé dès sa sortie d’homophobie, de racisme, de misogynie. Pourquoi reproche-t-on à ce film de jouer sur ces clichés éculés alors qu’il est le fruit de la comédie populaire française ? », questionne-t-il. Celui-ci se réjouit néanmoins que l’association 1 000 visages prenne de l’ampleur, voyant arriver des réalisateurs et des acteurs de toutes sensibilités et de toutes les couleurs. « Viendra le moment où on ne pourra plus faire comme si on existait pas », avance Souleymane Sylla, résolument optimiste.

« Fondu enchaîné », comme on dit dans le 7ème art. Un soir de pluie, un petit théâtre de la rue de Charonne voit arriver une petite foule. Cette dernière est venue voir « Je suis le prochain », une pièce écrite et mise en scène par Mickaël Délis. Là aussi, on décèle de la finesse et de l’émotion dans le jeu proposé par des comédiens tels que Vladimir Perrin ou encore Yassine Houicha. Un cru qui passe du théâtre au cinéma avec une certaine aisance, Yassine Houicha ayant par exemple fait partie, lui aussi, du casting du film Divines. Ce dernier est purement et simplement « tombé amoureux » d’Houda Benyamina qui l’a grandement aidé dans sa carrière. « Je n’y croyais pas plus que ça, mais Houda a cru en moi avant moi-même. C’est sa force ». Même si Yassine trouve que « c’est plus dur pour certains que pour d’autres », il nuance son jugement par rapport à celui, tranché, de Souleymane Sylla : « Le cinéma reste tout de même accessible, j’ai pu faire des démarches,  pour ma part je sens que je peux jouer des registres et des rôles différents, mais c’est vrai qu’il faut tout de même faire attention à ne pas se laisser enfermer dans des cases dans lesquelles on ne sort plus ».

Imaginer le cinéma de demain

« Houda a beau avoir été honorée dans des cérémonies de renom, ça ne l’empêche pas de retourner à Grigny, d’aller voir les jeunes un par un, de les accompagner, les aider ». Ces mots sont ceux de Vladimir Perrin, un réalisateur qui intervient régulièrement dans le cadre de « Master class » organisées par l’association 1 000 visages. « Dans un monde où on voit bien que les sociétés se divisent, 1 000 visages donne la promesse d’un monde meilleur, au moins par l’image », dit-il dans un ton où l’on ne décèle pas trop d’emphase malgré la sonorité lyrique du propos. Au-delà de placer des jeunes espoirs issus de la diversité dans les fauteuils rembourrés des festivals du cinéma français, 1 000 visages se démarque donc par sa dimension sociale. L’organisme organise régulièrement des ateliers sur les thèmes du harcèlement ou du racisme. Farès Ben Maouya, salarié de l’association qui, à 23 ans, a déjà réalisé un long-métrage et prépare actuellement son 6ème court, insiste sur ce point.

Master Class 1 000 visages
L’association 1 000 visages prodigue des cours à d’aspirants acteurs/réalisateurs… Crédits : 1 000 visages
Le jeune homme se souvient notamment d’une inscription à une agence de castings : « On a tout de suite commencé à me proposer des rôles de petit frère d’un dealer qui faisait sa loi dans le quartier, ça m’a très vite pris la tête ». Farès Ben Maouya a très vite délaissé le jeu pour la réalisation. « Dans le film que je prépare, j’imagine un acteur noir qui évoluerait dans un milieu social plutôt aisé », dit-il, plein d’un espoir réaliste.

Laurence Lascary : « Il y a des inégalités sociales qui sont réelles »

Laurence Lascary a fondé la société de production De l’autre côté du périph’ (DACP) en 2008, qui produit des courts et longs métrages. Le dernier film qu’elle a produit, L’Ascension, sorti en janvier 2017, raconte l’histoire vraie de Nadir Dendoune, un jeune d’une cité du 93, qui a grimpé l’Everest en 2008..

Avec le nom de votre société, De l’autre côté du périph’, on imagine que votre objectif, dès le départ, était d’apporter un peu de diversité dans le paysage audiovisuel français ?

Tout à fait, De l’autre côté du périph’ c’est finalement dire que, en dehors de Paris, il y a le reste du monde, alors allons chercher de nouveaux récits, des auteurs qui sont pris dans d’autres écosystèmes… Personnellement je viens du 93, mais ça peut être beaucoup plus large. La volonté est de raconter des récits qui sont à la fois universels et incarnés, de personnes qui sont représentatives de la population française.

Au quotidien, comment faites-vous pour remplir cette mission que vous vous êtes donnée ?

Je cherche au quotidien des projets, j’en reçois beaucoup, je me déplace en festival, je me rapproche de dispositifs pour faire émerger des jeunes talents… Ce qui m’intéresse, c’est l’originalité, parce qu’il y a certes la dimension sociétale, mais j’ai aussi la volonté de mettre en avant des beaux projets, artistiques. Ce n’est pas l’un sans l’autre.

Est-ce que vous pensez que les jeunes des cités désireux de faire du cinéma se mettent des barrières ?

Ce n’est pas eux qui se mettent des barrières, c’est les autres qui leur en mettent. S’il y a autocensure, elle est la conséquence d’inégalités sociales qui sont réelles. On peut avoir la sensation que certains métiers ne sont pas accessibles quand on ne vient pas du bon milieu, qu’on n’a pas été dans des écoles d’élite, etc… Et justement mon expérience prouve que c’est possible. C’est complètement à l’image du film.

Propos recueillis par Héloïse Leussier

http://www.respectmag.com/28666-a-diversite-grand-ecran

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