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Vel d’Hiv: “Marine Le Pen se trompe, la culpabilité de la France est accablante”,,histoire,histoire de france,politique,

11 Avril 2017, 21:45pm

Publié par hugo

Vel d’Hiv: “Marine Le Pen se trompe, la culpabilité de la France est accablante”
11/04/2017 | 19h21
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Marine Le Pen, invitée ce dimanche 9 avril dans l'émission "Grand Jury" de RTL, a nié la responsabilité de la France dans la rafle du Vél d'Hiv (© Capture d'écran)
Spécialiste de l’histoire de la collaboration, l’historien Raphaël Spina revient sur les propos polémiques de Marine Le Pen concernant la rafle du Vélodrome d’Hiver. Les 16 et 17 juillet 1942, les policiers français avaient arrêté puis déporté plus de 13 000 hommes, femmes et enfants.
A l’heure où Marine Le Pen relativise la compromission de la France avec l’Allemagne nazie, Raphaël Spina publie un volumineux ouvrage consacré au STO (le Service de travail obligatoire) : l’instrument emblématique de la collaboration. Dans ce livre passionnant, cet historien à l’université d’Aix-en-Provence revient sur “l’inconnu le plus célèbre des années noires”  et son impact majeur sur la Seconde Guerre mondiale.

Au total, ce sont plus de 600 000 Français et étrangers qui ont été envoyés de force vers l’Allemagne nazie. Pourtant, peu de gens connaissent les rouages de ce service si particulier. L’occasion pour Raphaël Spina de revenir sur les propos de Marine Le Pen, pour qui “la France n’est pas responsable du Vel d’Hiv”.

 

Marine Le Pen affirme que la France n’est pas responsable du massacre du Vel’d’Hiv. En tant qu’historien, que pensez-vous de tels propos ?

Raphaël Spina: C’est une manière de jouer sur les mots. Selon la définition que l’on donne de la France, sa population ou ses représentants et dirigeants politiques, alors oui on peut discuter. S’il s’agit du peuple français, il ne porte ni l’initiative ni la responsabilité du crime, et il a majoritairement été très choqué par les rafles. Mais si par “la France”, on entend, comme le plus souvent, l’Etat en charge de la France, alors il n’y a aucun doute possible, sa culpabilité est accablante. Il est prouvé depuis au moins une quarantaine d’années que les représentants français ont été au-devant des demandes allemandes et ont fait preuve de zèle, comme d’ailleurs en ce qui concerne le STO (Service de travail obligatoire).

Personne n’a forcé les autorités françaises à collaborer aux rafles antijuives. Ce fut la même chose pour le STO, c’est Pierre Laval qui a initialement proposé de lui-même de la main d’œuvre à l’Allemagne nazie (mai 1942). Le jour tardif où il a décidé de ne plus céder et de pratiquer l’inertie (en août 1943), infiniment moins de personnes sont parties travailler outre-Rhin. Sans Vichy, les responsables allemands de l’époque auraient eu la tâche beaucoup plus difficile. Pour preuve, en octobre 1942 l’ambassadeur Abetz écrit que “sans l’aide des organes gouvernementaux français il ne serait pas possible de repérer les travailleurs (…), la zone non occupée serait perdue pour le départ des travailleurs, et en zone occupée les mesures provoqueraient un [grave] trouble.” En janvier 1943, Goebbels se réjouit dans son journal que le sentiment de résignation soit “assez répandu dans les milieux dirigeants français”.

En plus de la rafle du Vel d’hiv, celle de la zone sud le 26 août est encore plus scandaleuse et prouve la responsabilité de l’Etat. Contrairement à la première, cette rafle fut orchestrée sur un territoire où aucun Allemand n’était physiquement présent et sous simple commandement français. Cela n’est arrivé nulle part ailleurs en Europe.

La présidente du Front national a déclaré que “la France était à Londres durant l’occupation”. Comment analysez-vous cette phrase ?

Il ne fait aucun doute que le combat légitime était à Londres. Encore une fois, on peut jouer sur les mots ou sur la mystique politique, mais en ce qui concerne la continuité effective et juridique de l’Etat, l’autorité était bel et bien à Vichy. C’est ce régime qui était reconnu d’ailleurs par les acteurs internationaux, “du Saint-Siège à l’URSS”. Du reste, le concept de continuité de l’Etat est une notion juridique élémentaire que madame Le Pen, avocate de formation, n’est pas censée ignorer.

Selon le général de Gaulle, il ne pouvait y avoir qu’une seule légitimité à la fois, et il lui fallait nier l’existence juridique voire effective de Vichy pour que “la France” puisse faire partie des vainqueurs. Depuis le discours de Jacques Chirac 1995 où le président a reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la collaboration, vouloir revenir sur cette question et à cette position révolue est désuet. Vouloir revenir en histoire sur la “révolution paxtonienne” – qui a montré que Vichy a voulu collaborer, qu’il gardait une importante marge d’autonomie et que sans lui l’exploitation du pays aurait été autrement plus difficile -, c’est comme si on voulait revenir en sciences sur la Révolution copernicienne, ça n’a aucun sens. Inutile non plus de prétendre que “la France de Vichy” n’était pas “la France”: avec ou sans épithète, la France en tant qu’Etat reste la France, sous tous les régimes, comme l’Allemagne, nazie ou non, reste l’Allemagne et à ce titre responsable juridique et morale des crimes perpétrés jadis.

Dans son communiqué, Marine Le Pen se revendique “héritière du Général de Gaulle”. Qu’en pensez-vous ?

C’est une manière habile de faire oublier que le Front national est le seul grand parti non issus de la Résistance; et un moyen audacieux de faire oublier qu’il est l’héritier à plus d’un titre des pétainistes, des collaborateurs, des négationnistes ou encore des antigaullistes de l’Organisation de l’armée secrète (OAS). Mais quitte à se réclamer du Général, encore faut-il le faire à bon escient, de manière pertinente, et au moment opportun. Loin de moi de remettre en cause la figure et l’œuvre du Général, mais son intransigeance à réduire le régime de Vichy à un épiphénomène et à nier la responsabilité de la France en tant qu’Etat n’est pas le discours le plus conforme à la réalité historique qu’il ait tenu.

Selon vous, quel intérêt a Marine Le Pen à mentionner autant la Seconde guerre mondiale ?

Nous sommes tous encore hantés par la Seconde Guerre mondiale, car ce sont les derniers événements à ce point marquants et significatifs que notre pays ait connus. Mais au-delà, la réhabilitation nationaliste du passé français plaît à une partie de la population qui pense qu’on est allé trop loin dans ce qu’elle dénigre comme étant de la “repentance”. A une époque, cette France-là a beaucoup écouté Nicolas Sarkozy lui livrer une vision flatteuse et aseptisée du passé national. Puis elle est allée vers Eric Zemmour et d’autres essayistes qui essaient notamment de réhabiliter Vichy et d’excuser ou de minimiser son implication dans la Solution finale. Certes il y a eu des excès de la part de certains qui, à force, ne voulaient plus voir que les côtés sombres du passé de l’Etat et de la nation. Mais à tout prendre, je préfère encore que l’on exagère dans la reconnaissance des fautes ou des erreurs d’autrefois plutôt que l’on cherche abusivement à blanchir le passé, et que l’on se livre à des tentatives anachroniques de ressusciter le “roman national”.

Propos recueillis par Florence Morel

http://www.lesinrocks.com/2017/04/11/actualite/vel-dhiv-marine-le-pen-se-trompe-la-culpabilite-de-la-france-est-accablante-11932704/

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