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Le blog de hugo,

Peut-on être réac et féministe ?,FEMINISME DU FN,femmes,fn

26 Avril 2017, 19:35pm

Publié par hugo

Peut-on être réac et féministe ? Publié le 26 avril 2017 à 11h55 Peut-on être réac et féministe ?
© Getty
De nouvelles pasionarias, souvent jeunes et rompues aux réseaux sociaux, essaiment leurs idées très traditionnelles au nom des droits des femmes. Enquête sur de redoutables influenceuses.
« Pour un vrai féminisme » : la conférence devait avoir lieu au Sénat. Elle a été repoussée pour des raisons logistiques, mais le thème reste plus que jamais d'actualité pour l'organisateur : le Cercle fraternité, un think tank du Front national en charge des questions sociales, fondé et présidé par Agnès Marion, élue régionale FN (Auvergne-Rhône-Alpes). Un « vrai » féminisme ? Par opposition à quoi ? « Au féminisme dominant qui entretient une logique d'affrontement entre les sexes, sous-tendue par l'idée obsessionnelle que les femmes ont une revanche à prendre sur les hommes, explique la jeune élue frontiste. On pense plutôt que nous sommes des êtres complémentaires, avec nos spécificités, et que l'on s'enrichit mutuellement. » Depuis la mobilisation anti-mariage gay de 2013, une nouvelle génération conservatrice et décomplexée s'empare vigoureusement de la question du droit des femmes, débordant largement le petit cercle du Front national.

La journaliste Eugénie Bastié (25 ans), la sexologue Thérèse Hargot (33 ans), Ludovine de la Rochère (46 ans) et la cofondatrice du mouvement Sens commun Madeleine de Jessey (27 ans) sont de celles qui donnent le tournis aux médias. Maîtrisant parfaitement les réseaux sociaux, elles taclent dès que possible « le féminisme historique ». Points communs ? Dieu, puisqu'elles revendiquent bien souvent leur culture catholique. Une réserve sur l'avortement, sans oser aller jusqu'à plaider l'abolition de la loi. Et mille et un reproches aux féministes mainstream, suspectées avant tout de vouloir, comme dit Agnès Marion, « faire des femmes des hommes comme les autres ». C'est bien l'angoisse de l'indifférenciation des sexes au nom de l'égalité qui soude ces voix hétérogènes. « Nier nos différences, ou les considérer comme une injustice, c'est aboutir à des dérives inhumaines », dénonce Agnès Marion.

« IL NE SUFFIT PAS DE SE DIRE FÉMINISTE POUR EN ÊTRE UNE »
Ce qui exaspère ces « néo-réacs » ? Les féministes devenues des ayatollahs coupées du réel, dit Agnès Marion. Elles sont incapables de se positionner face aux reculs concrets, notamment quand les femmes ne peuvent plus circuler dans l'espace public, ni entrer dans certains cafés.» Celles qui entendent mêler l'antirascisme et la lutte pour la défense des minorités, par exemple homosexuelles ou immigrées, sont clairement dans le collimateur. Cette poussée conservatrice suscite la réserve légitime de toutes les associations féministes ayant pignon sur rue. Les héritières de Simone de Beauvoir et du MLF voient avec inquiétude grandir la vague réac, qui inspire ce commentaire flegmatique à l'historienne du féminisme Françoise Picq : « À toutes les époques, le féminisme a été attaqué par des femmes. Mais il ne suffit pas de se dire féministe pour en être une : ce combat historique veut changer l'ordre social qui enferme les femmes dans des rôles précis qui leur interdisent la liberté. Il n'est pas compatible avec une pensée qui commence par les assigner à un rôle spécifique. On retrouve ici l'opposition de toujours entre le féminisme universaliste, prônant une émancipation valable pour toutes, et le féminisme naturaliste ou différentialiste. Et on voit comment la question du genre fracture la pensée féministe en deux camps opposés et excessifs, très à gauche ou très à droite, rendant les arguments plus mesurés difficilement audibles. »

« PARLER DE FÉMINISME RÉAC, C'EST COMME PARLER DE RECETTES VEGAN À BASE DE SAUCISSES ! CES PERSONNALITÉS NE SONT PAS FÉMINISTES. »
Surfant sur la vague de l'anti-politiquement correct, ce néo-féminisme décomplexé et écolo mêle des sujets légitimes (sur la difficulté matérielle d'élever des enfants plus tôt dans sa vie, le porno ou la marchandisation du corps des femmes) à la remise en cause des acquis historiques, notamment en termes de contraception ou d'avortement. Féministe se déclarant « prosexe », Camille Emmanuelle, auteure de « Sexpowerment » (éd. Anne Carrière), rechigne à en parler pour ne pas leur faire davantage de pub. Mais elle concède que, étant donné la visibilité qu'elles ont déjà dans les médias, il est utile de faire oeuvre de pédagogie : « Parler de féminisme réac, c'est comme parler de recettes vegan à base de saucisses ! Ces personnalités ne sont pas féministes. Elles ont pour cible 'les féministes d'aujourd'hui', comme si c'était une entité définie et homogène. Il y a DES féminismes comme il y a DES pensées de gauche et de droite. Le problème, c'est que quand Christine Boutin tient des propos réacs, tout le monde ou presque se marre. Quand c'est une jeune femme de 30 ans qui porte un blouson de cuir et boit des demis, on se dit que c'est une pensée moderne et anticonformiste. Mais s'il suffisait de bien porter le cuir pour être moderne et progressiste, ça se saurait... » Reste qu'il est passionnant, dès lors que l'on se dit féministe, de se pencher sérieusement sur ce qui se dit dans les camps dissidents, ne serait-ce que pour répliquer. Zoom sur quatre personnalités emblématiques.

EUGÉNIE BASTIÉ, L'ANTI-BEAUVOIR

eugenie bastie  Getty

© Getty

C'est un petit phénomène. Journaliste au « Figaro », chroniqueuse sur France 2, responsable de la revue catho et écolo « Limite » et éditorialiste politique sur Europe 1, la jeune femme de 25 ans est précoce. Cette littéraire catholique provocatrice affole les médias. Réac ? « Non : antimoderne, conservatrice, antilibérale », se défend-elle avec un charmant sourire dans un café du Marais. Dans son livre (« Adieu Mademoiselle », éd. du Cerf), elle étrille les féministes, « parce qu'elles nient la spécificité féminine qui est le fait de pouvoir être mère si on le souhaite. Ce qui va de pair avec une haine du corps que l'on trouvait déjà chez Simone de Beauvoir. C'est une police de la pensée, de la langue et des comportements, associant toute tentative de séduction à du harcèlement, et la galanterie à une humiliation ». Citant Houellebecq, Pasolini ou Musset, la polémiste en rajoute une couche : « L'enjeu est de civiliser la différence des sexes, pas de l'abandonner à la caricature et au capitalisme. Car plus on la nie, plus elle ressort de manière brutale, il suffit de voir la représentation des femmes dans le porno, la publicité, la télé-réalité. Après quarante ans de féminisme, cela n'a jamais été aussi fort ! » Elle dit ne se retrouver dans aucun parti politique. Élisabeth Badinter ? « Une universaliste impérialiste qui voit la femme comme un être abstrait. » Marine Le Pen ? « Une soixante-huitarde sur la question des femmes. » Le voile ? « Le vrai problème, ce ne sont pas les femmes qui le portent, mais la mixité dans l'espace public. C'est une spécificité française qu'il faut préserver. » Romantique, elle conclut par un éloge vibrant de la différence des sexes : « C'est un sujet qui nourrit la littérature depuis des siècles. D'ailleurs c'est très beau, la galanterie, ce sont des siècles de culture sédimentée. »

THÉRÈSE HARGOT, L'ANTI-MLF

therese hargot Getty

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Diplômée de philo et de sexologie en Belgique, sa terre natale, elle travaille en cabinet privé à Paris et auprès des élèves de l'école catholique Stanislas. Arrivée à vélo dans un café de Montparnasse, elle sort d'un tourbillon de plusieurs mois : entre invitations des médias et conférences partout en France dans la foulée de son livre « Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) » (éd. Albin Michel), la jeune femme au look bobo ne sait plus où donner de la tête. Son féminisme est, dit-elle en riant, « à l'opposé du MLF » : « Je me bats contre le scandale de la pilule contraceptive, qui est une castration chimique contre la libido des femmes. » Même pas provocatrice, sincèrement écolo, elle précise : « Maîtriser sa fécondité, c'est essentiel. Mais les femmes doivent revenir aux méthodes naturelles, apprendre à écouter leur corps... Quitte à avoir quelques jours d'abstinence, ou des rapports sexuels un peu différents lors de leurs périodes d'ovulation. » Elle revendique le fait d'avoir accouché de ses trois enfants à la maison, et aussi la joie de s'en occuper : « Changer les couches d'un bébé, ce n'est pas un moment dégradant ou dévalorisant comme on voudrait nous le faire croire ! » La lutte contre les stéréotypes sexistes ? « Oui, mais pas avant l'adolescence, avant on en a besoin pour se construire. » Réservée voire ambiguë sur la question de l'avortement, elle ne se reconnaît pourtant pas en « réac à la Zemmour ». Ni de droite ni de gauche, ni catho, son positionnement iconoclaste un peu flou lui vaut d'être invitée partout : « Je sais que mes idées sont contraires à la doxa, mais je ne veux pas pour autant être récupérée par les cathos, dit-elle en plaidant sa cause. Je parle de méthodes naturelles. Je suis une avant-gardiste en quête d'harmonie. »

LUDOVINE DE LA ROCHÈRE, L'ANTI-ÉGALITÉ

ludovine de la rochere  ABACA

© Abaca

La patronne de la Manif pour tous rêve d'un féminisme « gyno-centré » : « Pas de ce féminisme idéologique et déconnecté du réel qui dit 'je veux tout, tout le temps', car c'est impossible, et puis les femmes n'y arrivent pas. Un courant qui dirait que les femmes n'ont pas forcément les mêmes désirs que les hommes, et qu'elles sont libres de devenir celles qu'elles veulent. Or l'unique référence pour mener sa vie librement aujourd'hui est celle de l'homme, c'est un comble ! Aujourd'hui, celle qui ose dire qu'elle aime s'occuper de ses enfants est considérée comme la pauvre victime d'une assignation, c'est tout de même humiliant ! » Catho version tradi, Ludovine de la Rochère poursuit en dénonçant « la technicisation de la procréation » : « On en arrive à vouloir congeler ses ovocytes pour pouvoir mener sa carrière comme un homme. Le féminisme a contribué à dévaloriser toutes les autres options, au lieu de développer de manière positive et encourageante d'autres voies pour les femmes. » Réac, elle qui ne rêve pas pour autant d'enfermer toutes les femmes dans leur cuisine, qui dénonce l'homophobie et refuse farouchement d'être récupérée par le FN ? « Je me fais insulter et caricaturer partout. Et quand je dis qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère pour se construire, je passe pour une affreuse extrémiste, c'est tout de même lunaire ! » Depuis le bar de la porte de Saint-Cloud, à Paris, où elle nous a donné rendez-vous, elle rêve de remettre la famille au centre des préoccupations politiques : « La gauche rechigne, et la droite est gênée sur cette question depuis soixante ans. C'est un complexe historique, comme si planait encore la hantise du gouvernement de Vichy... Heureusement, c'est en train de changer. »

MADELEINE DE JESSEY, L'ANTI-PROGRÈS

madeleine de jessey ABACA

© Abaca

Normalienne et catholique, elle s'est fait connaître avec la mobilisation des Veilleurs contre le mariage homo en 2013. Elle a cofondé Sens commun dans la foulée, un mouvement désormais engagé auprès de François Fillon. À 27 ans, elle veut bien être féministe, « à une condition » : « Pour valoriser les femmes dans ce qu'elles ont de spécifique, et encourager leurs choix au sein de la famille, de la société, du travail, de la politique. Et leur redire qu'elles n'ont pas à se calquer sur les codes, les moeurs et les performances masculines. » Elle conçoit que ce qui relève du féminin est un mélange entre nature et culture. Mais avec des limites : « Il faut arrêter de vivre les différences sexuées comme un mal à abolir. Rejeter la galanterie par exemple, cela conduit à ensauvager les comportements. » Elle reproche au féminisme dominant d'être parano, de voir « du sexisme dans les moindres détails », ce qui l'empêcherait de s'atteler « aux sujets brûlants ». En vrac : « le porno dès le collège, l'hyper-sexualisation précoce, vouloir travailler sans lâcher l'éducation des enfants. » L'IVG ? « La souffrance des femmes qui avortent est indicible au prétexte qu'elle serait culpabilisante. Pourtant le chiffre de 230 000 IVG annuelles ne baisse pas. Je ne suis pas sûre que chacune de ces femmes ait eu accès à une vraie information sur les alternatives à leur geste. » Tout sauf vindicative, Madeleine de Jessey avance d'une voix polie et bien élevée : « Pendant longtemps, personne n'a osé tenir un discours conservateur sur toutes ces questions. C'est en train de changer. Face au caractère déshumanisant des évolutions technologiques et scientifiques, tout le monde commence à comprendre qu'il est devenu urgent de réfléchir à un cadre et de mettre des limites. »

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 21 avril 2017.  Abonnez-vous ic

http://www.elle.fr/Societe/News/Peut-on-etre-reac-et-feministe-3473387

 

LE FEMINISME DU FN QUI N EN EST PAS!!!!!!!

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