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Madame de Villedieu : une autrice féministe à la Cour du Roi Soleil,femmes,feministe,

21 Avril 2017, 04:36am

Publié par hugo

19 AVRIL 2017
Culture
Madame de Villedieu : une autrice féministe à la Cour du Roi Soleil
C’est l’histoire d’un texte tombé dans l’oubli, d’une tragi-comédie devenue un fantôme du répertoire français. Madame de Villedieu fait partie des premières autrices jouées au Palais-Royal à Paris et à Versailles devant le Roi. Sa pièce, Le Favori (1665-1666), parodie les caméléons du pouvoir et met en scène un Roi manipulateur et habile dans la politique-spectacle. La pièce est aujourd’hui rejouée grâce à Aurore Evain, autrice, comédienne et historienne du théâtre de l’Ancien Régime

350 ans plus tard, le texte a gardé un goût de modernité. Madame de Villedieu dépeint une société de plus en plus guidée par l’intérêt personnel, la jouissance et le profit. La dramaturge critique la monarchie absolue de Louis XIV. Inspirée du scandale de l’arrestation de Fouquet, l’autrice traite de la perversité de la politique spectacle du Roi qui entraîne les courtisan-e-s, sujets-objets, dans une cage dorée, les asphyxies et les prive de liberté. En instrumentalisant la Cour, Louis XIV ne laisse d’autre choix à ses sujets que de choisir entre le rôle de tartuffe et celui de misanthrope.

Implicitement, Madame de Villedieu adresse à Louis XIV, à sa Cour, et à notre société aujourd’hui, les questionnements sur la place des sujets face au pouvoir politique.  Quelles sont les marges de manœuvre, entre tartufferie et misanthropie, pour réussir dans la société ?  Comment servir le pouvoir sans se compromettre ?  Existe-t-il encore des espaces de liberté où l’on puisse conserver son autonomie de sujet et lutter pour ses idéaux ? Derrière un souverain généreux, ne se cache-t-il pas un tyran en puissance ?

Le morcellement de la pièce avec les intermèdes chantés et dansés favorise l’interactivité avec le public. Élément essentiel du rituel politique de la monarchie absolue dénoncé dans Le Favori, la première représentation à Versailles de la pièce a eu lieu à l’occasion d’une fête donnée par le Roi. Elle a été représentée parmi les orangers, acte hautement symbolique d’appropriation par le pouvoir, puisque ceux-ci ont été volés par Louis XIV à Fouquet après la fête de Vaux-Le-Vicomte.

Il faut aimer l’épicurisme galant du siècle des Lumières, les textes shakespeariens qui introduisent un théâtre dans le théâtre, pour apprécier Le Favori. Madame de Villedieu y oppose deux caricatures de personnages. Mais rien n’est simple car les protagonistes portent des masques qui brouillent leur vrai visage. Ainsi les cyniques « caméléons de Cour » ne seraient-ils pas simplement des libertins ? Les « vertueux », qu’elle leurs oppose, ne seraient-il pas orgueilleux et fiers ?

 

Madame de Villedieu, une véritable féministe 

Madame de Villedieu est une véritable féministe de l’époque moderne. On lui prête une aventure amoureuse passionnée avec un officier, ainsi que des activités d’agent secret. Sa renommée née en 1659 lorsqu’elle publie un sonnet érotique à  partir de la farce des Précieuses Ridicules. Elle s’attaque à tous les genres : poésies, fables, romans, nouvelles historiques et galantes, lettres, pièces de théâtre. Le Favori, d’abord intitulée La Coquette, est la dernière de ses pièces. Elle la composa à 24 ans, s’inspirant d’une comédie baroque espagnole de Tirso de Molina, El Amor y la amistad (1634). Dans son œuvre, l’autrice porte un regard propice à établir l’égalité entre les sexes. L’amour étant un ressort politique, les rôles féminins ont une grande importance. Sa pièce raconte aussi la victoire du divertissement sur la culture, elle est en cela pessimiste sur l’avenir des femmes au sein de la Cour de Louis XIV.

S’attaquant au matrimoine français, Aurore Evain s’est inspirée d’une correspondance entre Marie de Médicis et Arlequin de Mantoue pour réécrire le prologue de la pièce. À l’origine le prologue écrit par Molière, aujourd’hui perdu, créait de l’interactivité avec le public. Le nouveau prologue vient casser à son tour les frontières entre la scène et la salle, entre les acteurs/actrices et les spectateurs/spectatrices.

Aurore Evain connait bien son sujet. Après avoir adapté et mis en scène le roman de Nora Huidabro, Le lieu perdu, elle publie deux livres sur les femmes dans le théâtre : L’apparition des actrices professionnelles en Europe (1), puis produit une recherche sur les autrices professionnelles sous l’Ancien Régime et une anthologie de leurs œuvres Théâtre des femmes de l’Ancien Régime (2).

Le manque de visibilité du matrimoine dans notre histoire la pousse à monter Le Favori. Aurore Evain tient à montrer que les femmes n’ont pas toujours été que des muses ou des comédiennes, mais qu’à l’époque de Molière, Racine, Corneille, il y a aussi eu des autrices de talents.

Sous l’Ancien Régime, une centaine de femmes ont écrit des tragédies, des comédies, des farces etc. Elles ont été jouées à la Comédie française, à la Comédie italienne, à Versailles, dans les théâtres de Boulevard. On peut citer Marguerite de Navarre, autrice de farces satyriques et subversives, Françoise Pascal dont la pièce a été joué à Lyon en 1650, Marie-Anne Barbier (1664-1745) qui a connu une renommée internationale et dont les œuvres ont été traduites en plusieurs langues. 17 autrices sont entrées au répertoire de la Comédie française entre sa création en 1680 et la fin du XVIIIème siècle. Ce chiffre ne fait que diminuer au cours des siècles : 13 autrices au XIXème, 5 au XXème et 3 au XXIème. Entre 1958 et 2002, aucune femme n’est entrée au répertoire de la comédie française.

 

Mailys Ardit 50-50 magazine

Le Favori sera joué au théâtre municipal Berthollet-Montreuil du 20 au 22 Avril 2017 par la Compagnie Subversive, et en Septembre 2017 au Théâtre des Ilets-Centre Dramatique National de Montluçon.

Plus d’information sur la troupe et la pièce

 

(1) L’Apparition des actrices professionnelles en Europe, 2001, L’Harmattan

(2) Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, 2007, 5 vol., Classiques Garnier

 

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