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La Suisse n'échappe pas au sexisme ordinaire dans ses universités,femmes,sexisme,

7 Avril 2017, 21:48pm

Publié par hugo

La Suisse n'échappe pas au sexisme ordinaire dans ses universités
Chercheuses américaines en Suisse pour semer des graines d’égalité de genre à l’université
Chercheuses américaines en Suisse pour semer des graines d’égalité de genre à l’université
https://www.lives-nccr.ch/fr/actualite/deux-chercheuses-americaines-en-suisse-pour-semer-graines-degalite-de-genre-luniversite
Le harcèlement sexuel contre les femmes se décline sous des formes parfois extrêmement violentes. Loin de se limiter à la rue ou aux terrasses, en Suisse comme ailleurs, le phénomène touche également les hautes sphères.
07 AVR 2017
 Mise à jour 07.04.2017 à 09:50 par    
Sarah Augsburger, Le Temps
dansAccueilTerriennesViolences conjugales, viols et autres agressions sexuelles, entre tabou et répressionLe harcèlement de rue
Récemment, le Web et les médias ont contribué à rendre visible la fréquence et l’étendue du harcèlement de rue dans la vie quotidienne. Avec des sites aux noms crus tels que comme «Paye ta shnek» («Paye ta chatte» en argot alsacien), Internet a libéré la parole et mis en lumière ce sexisme ordinaire plus ou moins salé qui se mêle aux interactions sociales. «La rapidité des réseaux sociaux permet de diffuser cette réalité à large échelle. Tout le monde peut alimenter ces pages en temps réel ou relayer des situations dans l’instantané, smartphone en poche», analyse Philippe Liotard, sociologue et chargé de mission égalité-diversité à l’Université Lyon 1.

Les milieux populaires sont souvent montrés du doigt lorsque l’on évoque la problématique. Mais janvier a vu apparaître plusieurs variations sur le thème de «Paye ta shnek» consacrés à des milieux bien éloignés des places publiques et des métros. On découvre ainsi que les bancs des universités («Paye ta fac»), les cabinets d’avocats («Paye ta robe»), le monde médical («Paye ta blouse») ou encore la politique («Chair collaboratrice») sont des terreaux tout aussi fertiles que la rue. La récente affaire sortie à l’Université de Lille en témoigne, où un enseignant a déclaré, après avoir dû frapper son micro sur son bureau pour qu’il fonctionne, que «c’était comme les femmes, faut taper dessus pour qu’elles comprennent». Tout en précisant qu’il s’agissait d’humour noir. Rire jaune dans l’auditoire.
La force des stéréotypes
Des témoignages provenant de Suisse alimentent également ces sites. Une recherche faite à l’Université de Genève, publiée en novembre dernier, fait l’état des lieux du sujet dans ses propres murs. Dans «Carrière académique à l’Université de Genève: le facteur humain», Klea Faniko pointe du doigt, entre autres facteurs, le sexisme ordinaire pour comprendre la faible représentation des femmes aux postes supérieurs. Du côté de l’Université de Lausanne, le Bureau de l’égalité des chances (BEC) récolte également des plaintes d’étudiantes à propos de remarques déplacées de la part de professeurs. Carine Carvalho Arruda, chargée de missions au BEC, a elle-même essuyé une remarque d’un cadre de l’UNIL lorsque ce dernier lui a demandé «tu veux faire quoi quand tu seras grande?». Elle avait alors 30 ans.
 
Les Universités suisses n'échappent pas au sexisme, en témoignent des études menées à Genève ou comme ici à Lausanne
Les Universités suisses n'échappent pas au sexisme, en témoignent des études menées à Genève ou comme ici à Lausanne
Wikicommons

Quel que soit le lieu, les propos sexistes, paternalistes ou condescendants à l’égard des femmes au sein des «hautes sphères» de la société illustrent la force des représentations sociales et des stéréotypes masculins et féminins. Dans la majorité des cas reportés, ils s’inscrivent au sein d’un rapport social dominé par un professeur, un maître de stage ou un médecin-chef.
Un pseudo-humour comme camouflage
«C’est d’autant plus difficile à combattre que cela s’inscrit dans une relation de pouvoir, ajoute Philippe Liotard. L’absence de réaction générale ou le rire de circonstances, tant des hommes que des femmes, sont très souvent dus à une structuration hiérarchique forte, dans laquelle les personnes sont soumises à une autorité, qui peut elle-même être impliquée dans des comportements ou propos sexistes.»

Difficile en effet de protester en tant que jeune infirmière lorsque le chirurgien déclare en arrivant au bloc opératoire, «baissez vos culottes les filles, c’est papa qui pilote». Il est d’autant plus malaisé de réagir lorsque ce genre de remarques se fait sous couvert d’humour et d’ironie, à l’instar de ce professeur, face à un auditoire majoritairement féminin: «Vous voyez, ça, ça représente tant de watts. Cette consommation, c’est comme celle d’un aspirateur… Je dis ça pour les filles… Ouais je sais, c’est de l’humour.»
Vigilance collective
«Beaucoup de personnes considèrent encore qu’il est normal d’entendre des commentaires plus ou moins douteux sur leur tenue, leur physique ou des commentaires sexistes sur les femmes», relève Léonore Porchet, présidente des Verts lausannois. «Les plateformes participatives permettent justement de montrer qu’il y a un réel problème beaucoup plus répandu que ce qu’on veut bien le croire.» Et que les mêmes mécanismes sont à l’œuvre à tous les étages de la société, y compris celles qui sont perçues comme symboliquement prestigieuses.

Sur «Paye ta robe», on peut lire qu’un maître de stage aurait déclaré à sa stagiaire, lors du bilan d’évaluation, que «pour avoir de bonnes appréciations, il va falloir me lécher les pieds… ou autre chose». Ou ce professeur de droit, qui évoque en cours que «l’avantage avec les lois, c’est qu’on peut les violer sans qu’elles ne crient».

S’il est tout aussi agressif que dans la rue, le sexisme à l’œuvre dans les «hautes sphères» est souvent moins visible, confiné dans un bureau ou exprimé au cours d’une réunion de travail. Le succès immédiat rencontré par ces nouvelles pages montre qu’il s’agit pourtant d’une réalité ordinaire, qui va bien au-delà de quelques cas isolés. «L’explosion apparente de témoignages dénonciateurs ne signifie pas qu’il y a de plus en plus de cas, mais plutôt que ce sont des pratiques de moins en moins tolérées», observe Nicky Le Feuvre, sociologue à l’Université de Lausanne. «La multiplication de ces blogs contribue à élever le seuil de vigilance collective. Ils présentent une réalité condamnable qui amène la communauté à réagir. De plus en plus de femmes de tous les niveaux sociaux, et aussi parfois des hommes, ont envie de dire stop», reprend Philippe Liotard.
Créer le débat
Ces sites forcent à une certaine prise de conscience. A la lecture des nombreux témoignages, difficile en effet de ne pas réfléchir à son propre vécu, aux paroles graveleuses d’un collègue balayées d’un sourire forcé ou aux remarques déplacées entendues dans le couloir. Et force est de constater que ces plateformes créent le débat. «La perception de ce qui est acceptable ou non va de pair avec l’évolution des normes et des valeurs d’une société. Quand une inégalité va de soi, personne ne s’en offusque. Paradoxalement, le succès de ces pages Web est positif, car elles montrent que nous sommes face à des pratiques qui sont de plus en plus intolérables, et que les valeurs de l’égalité progressent», conclut Nicky Le Feuvre.
Le sexisme ordinaire a la peau dure, mais la lutte s’organise.

> Article original publié par notre partenaire Le Temps
sexismeUniversitésSuisse
Sarah Augsburger, Le Temps
Mise à jour 07.04.2017 à 09:50
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