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Zouhoura, victime de viol collectif : "Au Tchad, il n’y a pas de justice",femmes,violences,sexes,

27 Mars 2016, 10:05am

Publié par hugo

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Zouhoura, victime de viol collectif : "Au Tchad, il n’y a pas de justice"
Par Stéphanie O'Brien | Le 24 mars 2016
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Manifestations, messages de soutien partagés sur les réseaux sociaux, le viol de Zouhoura révolte la population tchadienne. De retour en France, la jeune fille a décidé de briser le silence. Rencontre.
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« Le gouvernement tchadien se moque de nous, les pauvres. Les fils de hauts responsables violent nos filles et quand la population manifeste, il tire dessus. » Depuis le 8 février, le jour où sa nièce a été violée, Mahamat Brahim Ali ne décolère pas. « Là-bas, on n’a pas l’eau potable, l’électricité ne fonctionne pas, les routes sont défoncées. Ok, on s’en fout. Mais qu’on nous donne au moins la justice pour protéger nos filles, nos femmes, nos enfants », ajoute-t-il les larmes aux yeux. À ses côtés, Zahara Mahamat Yosko, appelée aussi Zouhoura, 16 ans, qu’il a élevée comme sa propre fille. D’ailleurs, elle l'appelle papa. Réservée, meurtrie, l’adolescente s’exprime d’une voix à peine audible. « J’étais retournée au Tchad l’été dernier pour mon année de terminale. Ce jour-là, je me rendais au lycée avec une amie. Une voiture s’est arrêtée à ma hauteur et on m’a poussée dedans. À l’intérieur, il y avait sept garçons, quatre portaient des armes. Je les connaissais de vue et je savais que j’étais en danger. Ils ont commencé par me chahuter en me disant "pourquoi tu ne nous dis jamais bonjour quand on passe devant toi ? Tu te prends pour qui ?" ». Sa voix s’éteint.


Enlevée, violée puis menacée, Zouhoura rentre chez elle en moto-taxi. « Les garçons ont dit au chauffeur que j’étais leur sœur et que j’étais souffrante. » Malgré la honte et la douleur, l’adolescente se confie à ses parents qui tentent de porter plainte. Mais au Tchad ce genre d’histoire se règle « à l’amiable », surtout quand les violeurs sont des fils de hauts responsables du gouvernement. « Au Tchad, il n'y a pas de justice. Je veux la justice et revivre en paix », implore la jeune fille. Protecteur, l'oncle qui est réfugié politique en France depuis 2005, prend très vite la situation en main. « Le père de Zouhoura, Mahamat Yesko Brahim, est un candidat de l’opposition à la présidentielle. On lui a proposé un million d’euros pour étouffer l’affaire. Je lui ai demandé de refuser cet argent. Je lui ai dit que Zouhoura devait rentrer en France et que l’on porterait plainte. »


Sur les réseaux sociaux la mobilisation s'organise



Sur le page Facebook de Tchad Today, photos, vidéos et messages de soutien se sont multipliés pour faire pression sur le gouvernement tchadien.
Photo Facebook
Dans un pays de culture musulmane où le patriarcat domine, Mahamat Brahim Ali détone. Ancien officier de police ayant travaillé pour les services de renseignement tchadiens, il a fait du cas de Zouhoura une croisade pour toutes les Tchadiennes victimes de la violence des hommes. « Dans mon pays, les riches du pouvoir ont tous les droits sur les pauvres. Personne ne porte plainte auprès de la justice. Quand il y a un problème, il suffit de payer. Parfois certaines familles souhaitent qu’il arrive un problème à leurs enfants pour obtenir de l’argent. Les droits des femmes ça n’existe pas non plus. Pourtant tout le monde connaît des femmes battues, des filles violées. Mais pour protéger leur famille, les filles se taisent. »


Sauf que dans le cas de Zouhoura, les réseaux sociaux ont fait basculer la situation. « Ils ont commencé par me montrer des photos et des vidéos d’autres filles qu’ils avaient violées. Moi aussi ils m’ont filmée nue, je pleurais. Pour me faire taire ils m’ont menacée : "si tu parles, on balancera tout sur Internet". » Mais la victime ose parler et finalement sa famille refuse d’empocher l’offre généreuse proposée par les parents des violeurs. Sûrs de leur droit et sans aucun remord, les tortionnaires de Zouhoura mettent leur menace à exécution et diffusent la vidéo sur les réseaux sociaux. Dans un premier temps, l’adolescente s’enferme chez elle. « J’avais tellement honte, je me sentais mal, je ne supportais pas le regard des autres », explique-t-elle en baissant les yeux. Avec l’appui d’activistes africains installés en Europe et aux États-Unis, la situation se retourne contre les agresseurs. Sur Facebook les messages de soutien commencent à pleuvoir. Une manifestation s’organise, les étudiants veulent descendre dans la rue et réclamer justice pour Zouhoura et toutes les autres victimes réduites au silence.


Alors que l'élection présidentielle est prévue pour le 10 avril, l’histoire prend une tournure politique. Le ministre de la Sécurité publique et de l’immigration, Ahmat Mahamat Bachir, passe à l’action. « La veille de la manifestation, le ministre est passé chez nous prendre ma nièce. Il l'a conduite au commissariat central de la ville pour enregistrer une vidéo filmée par les équipes de la chaîne nationale. Il lui a demandé de dire aux gens de rester chez eux et de ne pas manifester », raconte l’oncle indigné. « J’ai remercié les gens de leur soutien puis j’ai répété ce que le ministre voulait que je dise », explique timidement Zouhoura. Mais la population n’est pas dupe et les étudiants défilent quand même le 15 février dans les rues de N’Djamena. La manifestation fera un mort, un adolescent de 17 ans, tué par la police au moment de la dispersion.


Des victimes qui craignent les représailles


Les agresseurs se sont volatilisés et d’après nos informations, ils ne sont pas derrière les barreaux
Pour éviter le chaos, le président tchadien Idriss Deby Itno - au pouvoir depuis vingt-six ans - tente de redresser la situation en promettant que cet « acte ignoble » ne restera pas impuni. Le 16 février, Bruno Louapambe Mahouli, procureur de N'Djamena, annonce l'arrestation de cinq violeurs présumés, dont trois enfants de généraux, qui avaient posté sur les réseaux sociaux des photos de la jeune fille nue et en larmes. Quatre complices présumés sont également arrêtés, dont un fils du ministre des Affaires étrangères. Écœuré, Mahamat Brahim Ali n’en croit pas un mot : « Les agresseurs se sont volatilisés et d’après nos informations, ils ne sont pas derrière les barreaux. »


Revenue en France depuis peu, Zouhoura a donné sa première conférence de presse le 18 mars et sera bientôt reçue par des députées du Parlement européen. « J’ai demandé à d’autres victimes vivant en France de témoigner. Mais les sbires du gouvernement menacent leurs proches restés au pays. », déplore l’ancien haut fonctionnaire qui travaille aujourd'hui comme agent de sécurité. Malgré la protection et l’affection qu’il porte à sa nièce, cette dernière semble encore bien fragile pour endosser une telle responsabilité. Perdue, blessée, la lycéenne ne passera pas son bac cette année. « Je n'ai envie de rien. Mais j’espère m’y remettre l’année prochaine », soupire-t-elle en tortillant son sweat-shirt. L'entretien se termine et Zouhoura semble soulagée. Derrière le regard fuyant de la victime, on devine le courage et la fierté de la jeune fille. Faire la part entre son histoire personnelle et celle de centaines de Tchadiennes, dont elle devient par la force des choses la porte-parole, lui prendra du temps.


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Tags : Afrique, violences faites aux femmes, politique, MadameAfrica

http://madame.lefigaro.fr/societe/au-tchad-le-viol-de-la-jeune-zouhoura-prend-une-tournure-politiqu-240316-113555

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